Le «high yield» s’alarme de la montée des risques

Les fonds investis dans ces actifs ont essuyé 11,4 milliards de dollars de retraits la semaine dernière
Olivier Pinaud
High Yield, juillet 2014
High Yield, juillet 2014  - 

Avec la crise en Ukraine, les mauvais chiffres en Europe et les frappes aériennes américaines en Irak, l’aversion pour le risque s’est amplifiée la semaine dernière sur les marchés financiers. Le segment des obligations à haut rendement (high yield) en a été l’une des premières victimes. Les fonds spécialisés dans cet actif ont subi leur plus mauvaise semaine de l’année. Selon les statistiques d’EPFR, ils ont essuyé 11,4 milliards de dollars de retraits, soit autant qu’au cours des trois semaines précédentes.

Initié début juillet aux Etats-Unis, le mouvement de ventes massives a traversé l’Atlantique ces derniers jours, alimenté par la dégradation des performances. En juillet, l’indice BofA Merrill Lynch US High Yield a plié de 1,3%, son premier recul depuis août 2013 (-0,6%). Son équivalent européen a cédé 0,33%. Il n’avait plus baissé depuis juin 2013 (-2%).

Ces retraits de fonds ont pu aussi être alimentés par une forme de trop-plein des investisseurs, qui plus est dans une période estivale traditionnellement plus creuse, alors que plus de 115 milliards de dollars d’obligations high yield ont été placées en Europe depuis le début de l’année. «Quand les investisseurs deviennent de plus en plus complaisants, que les structures d’opération deviennent de moins en mois favorables et que les rendements se resserrent, nous pouvons y voir des signes d’avertissement», indique à Bloomberg Jon Mawby, gérant de GLG Partners. En juillet, plusieurs émissions de sociétés notées dans la catégorie junk ont dû être ajustées voire tout simplement annulées en raison d’une moindre demande des investisseurs et d’une plus grande sélectivité.

«Suite à la forte performance du marché au premier semestre, nous pensons que les investisseurs ont simplement cherché à prendre leurs profits, dans l’attente de points d’entrée plus attractifs», relativise Eric Pictet, directeur général du bureau parisien de la société de gestion Muzinich & Co. Un calme partagé par les stratèges de JPMorgan, selon lesquels «la correction est de nature plus technique que fondamentale». Ils rappellent que les résultats semestriels publiés par les entreprises ont montré une amélioration des profils de crédit et que, même si le ratio de levier a augmenté, il reste très inférieur au niveau de 2007 avec des taux de défaut annuels sous 1%. «Il ne reste que 2,9% du marché à refinancer entre 2014 et 2015, ce qui laisse penser que le risque de maturité est bien maîtrisé», appuie Eric Pictet.

«Nous pensons que le pic des retraits est derrière nous, ce qui historiquement indique que le pic sur les spreads est proche de sa fin», veulent croire les analystes crédit de Barclays, qui jugent «disproportionnée» la vague de retraits. La correction sur le marché du high yield s’est faite de façon relativement ordonnée, avec des baisses quotidiennes relativement progressives et dans des proportions proches, voire inférieures, à celles des marchés actions, autre classe d’actifs touchée par la montée des risques. Pour le mois de juillet, l’indice S&P 500 a perdu 1,5%. Et pour la première semaine du mois d’août, les fonds actions mondiaux ont subi plus de 16 milliards de dollars de retraits.

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