Le dollar risque de perdre beaucoup d’attrait aux yeux des créanciers du monde entier

Eric Bourguignon, directeur général adjoint de CCR Gestion
Violaine Le Gall

L’Agefi : Les programmes de la Fed et du Trésor américain risquent-ils de peser sur le dollar à long terme ?

Eric Bourguignon : Ce qui est déterminant dans la valeur d’une monnaie à long terme c’est sa faculté à préserver le pouvoir d’achat de ceux qui la détiennent. Or le dollar est la monnaie d’un pays dont l’endettement va exploser et qui a récemment choisi de recourir à la planche à billets pour relancer son économie. Il risque donc de perdre beaucoup d’attrait aux yeux des créanciers du monde entier, ce qui devrait l’entraîner sur une pente glissante. L’administration américaine, qui est visiblement bien décidée à faire un usage immodéré de tous les leviers de politique économique à sa disposition, ne serait sans doute pas fâchée de voir le billet vert se déprécier.

La volatilité élevée sur le marché des changes va-t-elle perdurer ?

La volatilité restera élevée sur le marché des changes, comme sur les autres marchés, tant que les incertitudes resteront aussi fortes sur l’issue de cette crise. Entre les problèmes aigus de balance de paiements de certains pays, les politiques de dévaluation compétitive que d’autres pourraient être tentés de mener, et le risque de désaffection que certaines monnaies encourent, nombreux sont en effet les motifs susceptibles de créer de l’animation sur le cours des devises dans les mois à venir. Il sera d’ailleurs particulièrement intéressant de surveiller la parité yuan/dollar dont la relative stabilité pourrait être remise en cause si la Chine décidait de recentrer son modèle de développement sur la demande intérieure plutôt que sur l’export à la veille d’un ralentissement du commerce mondial.

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