Le dogme des 90% de dette publique sur PIB vole en éclats
Le totem des 90% de dette publique sur PIB va-t-il disparaître aussi vite qu’il était apparu? Auréolés du succès de leur livre This time is different en 2009, les économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient signé en 2010 un papier au retentissement immédiat : ils y affirmaient qu’au-delà de 90% de dette publique sur PIB, un pays avait toutes les chances de connaître une croissance faible.
Ce seuil s’est dès lors imposé, notamment dans les débats sur l’austérité, comme la ligne rouge à ne pas franchir. Trois économistes de l’université du Massachusetts viennent de faire voler en éclats cette thèse dans une étude publiée le 15 avril.
Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin ont pu répliquer à la recherche de Reinhart et Rogoff à partir des données de ces derniers. Résultat, sur la période considérée (1946-2009), les pays dont la dette dépasse 90% du PIB ont dégagé une croissance moyenne annuelle de 2,2%, et non pas de -0,1% comme l’affirmaient les deux auteurs en 2010.
Reinhart et Rogoff ont délibérément écarté certaines statistiques, comme celles de la Nouvelle-Zélande entre 1946 et 1949, alors que le pays était à la fois endetté et en forte croissance. Ils ont aussi fait des moyennes de croissance entre pays qui défient les conventions des économistes. Enfin, Herndon, Ash et Pollin ont trouvé une grossière erreur de formule dans le fichier Excel qu’ont utilisé les deux économistes.
Reinhart et Rogoff ont reconnu leur erreur, tout en défendant le fond de leur thèse: une dette trop élevée conduit à une croissance plus faible. Mais le dogme des 90% a du plomb dans l’aile. Ironie du calendrier, des responsables du Fonds monétaire international le tenaient encore pour acquis cette semaine. «Il est nécessaire de réduire le fardeau de la dette dans les pays où elle dépasse 90%, le seuil de 80-90% étant souvent vu aujourd’hui, pour les économies avancées, comme celui au-delà duquel une dette publique élevée est liée à une faible croissance à long terme», déclarait mardi Carlo Cotterelli, directeur du département des affaires budgétaires au FMI.
L’affaire rappelle celle du multiplicateur budgétaire, mesure de l’impact sur le PIB d’une restriction budgétaire d’un point. Le FMI a reconnu fin 2012 que ce ratio n’était plus de 0,5, comme il l’avait longtemps cru, mais trois fois plus élevé depuis 2009, tous les pays s’engageant en même temps dans des politiques restrictives.
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