Le décrochage des anticipations d’inflation en zone euro se poursuit

L’enquête des prévisionnistes professionnels de la BCE montre une nouvelle baisse des prévisions d’inflation à 5 ans à un plus bas historique de 1,8%.
Patrick Aussannaire

Les mesures d’assouplissement mises en place jusqu’ici par la BCE n’ont pas encore produit l’effet escompté. L’enquête trimestrielle des prévisionnistes professionnels conduite du 16 au 23 octobre par l’autorité révèle en effet une nouvelle détérioration des anticipations d’inflation, tombées à un niveau de 1% en 2015 et de 1,4% en 2016. Les prévisionnistes ont été 85% à revoir à la baisse leurs prévisions pour l’an prochain et 60% pour 2016, sur fond de baisse des prix énergétiques et de nouvelle dégradation des perspectives de croissance en zone euro, désormais anticipée à 1,2% en 2015 et 1,5% en 2016.

«Il existe des risques de révisions à la baisse de ces prévisions», ajoute BNP Paribas qui table sur une inflation à 0,5% en 2015 et 1,2% en 2016. Elle est restée faible en octobre à 0,4% en zone euro, l’Espagne demeurant en zone de baisse des prix avec un recul de 0,2% sur un an, l’Italie s’en extirpant avec une hausse néanmoins limitée de 0,2%. Dans son rapport biannuel de stabilité financière, la Banque d’Italie a estimé hier que la faiblesse excessive de l’inflation est une menace pour l’ensemble de la zone euro et «a des effets plus sérieux lorsque la dette est élevée». La France et l’Allemagne sont également touchées avec une inflation à 0,5% et 0,7%.

En outre, la baisse de l’inflation s’est propagée aux anticipations de long terme, très suivies par la BCE. Les prévisionnistes ont ajusté leurs anticipations d’inflation de 0,06 point à 1,8% à horizon 5 ans, un nouveau plus bas historique depuis que l’enquête existe. S’il a légèrement rebondi depuis son plus bas de 1,72% atteint mi-octobre, le taux de swap inflation euro 5 ans anticipé dans 5 ans demeure, à 1,85%, sous l’objectif de 2% visé par la BCE depuis plus de deux mois. Un épisode inédit puisqu’en septembre 2010 et octobre 2011, le taux n’était resté à chaque fois que moins de deux semaines sous ce seuil.

Or, Mario Draghi a une nouvelle fois promis mercredi «des mesures non-conventionnelles supplémentaires si les anticipations d’inflation à moyen terme se dégradent ou si les mesures déjà décidées se révèlent insuffisantes». Les seuls soutiens positifs au niveau d’inflation mis en avant par l’enquête sont d’ailleurs la politique monétaire accommodante de la BCE, ainsi que l’affaiblissement de l’euro, qui remontait légèrement hier contre dollar à 1,248, après être tombé mardi à 1,237, son plus bas niveau depuis août 2012.

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