Le cas grec constitue un test pour la solidarité au sein de l’Europe
La tension monte avant les élections législatives qui se tiennent dimanche en Grèce. Depuis début décembre, les rendements grecs ont connu un fort niveau de volatilité, avec un taux 10 ans oscillant entre 7% et 10,3% et une hausse du taux 5 ans de 435 pb à 10,52% hier, après avoir dépassé les 12% en début de mois. Fitch a mis la note du pays «B» sous perspective négative: «l’actuelle période d’incertitude politique a augmenté les risques pesant sur le financement de la Grèce».
Avec 33,5% des intentions de votes, le parti anti-austérité Syriza devance de 6,5 points celui de «Nouvelle démocratie» dans les derniers sondages, ce qui lui assurerait 142 sièges sur les 151 nécessaires pour constituer une majorité. «Une période d’instabilité pourrait émerger avec la nécessité d’un second tour comme en 2012, si les partis ne parviennent pas à s’entendre et former un gouvernement», estime Morgan Stanley. Syriza prône une restructuration de la dette publique, et le remplacement de l’actuel mémorandum liant le pays à la Troïka par un plan de relance de 11,4 milliards d’euros.
Or, les 321 milliards d’euros (175% du PIB) de dette grecque sont détenus à 60,5% par les Etats européens au travers du FESF (44%) et de prêts bilatéraux (16,5%). «Les futurs dirigeants devront montrer des signes immédiats de coopération avec la BCE et Bruxelles», estime SG CIB, alors que la BCE vient d’approuver, selon Reuters, la ligne de liquidité d’urgence demandée par les banques grecques. Si la Grèce a retrouvé la croissance, dégage un excédent primaire et a un solde courant équilibré, elle doit faire face à 6,7 milliards de tombées cet été alors que 10 milliards de crédit du MES doivent se substituer à l’actuel programme de soutien qui se termine fin février.
Dans le cas d’une restructuration d’un tiers de la dette proposé par Syriza, «l’Allemagne pourrait faire une croix définitive sur plus de 20 milliards d’euros», rappelle le Crédit Agricole. Une solution «délicate à justifier politiquement», Berlin craignant qu’elle n’ouvre une brèche pour les autres pays en difficulté de la zone euro (comme le Portugal). Dans ce contexte, «les créanciers européens de la Grèce devront choisir entre une négociation qui conduira certes à des pertes mais d’un montant limité et connu, et un très grand désordre en cas de défaut unilatéral», ajoute Natixis. Une réduction du spread sur Euribor et un allongement des maturités sur les prêts bilatéraux et le FESF pourraient ainsi être étudiés.
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