Le Brésil fait volte-face sur sa politique monétaire
Le Brésil change de cap. La banque centrale du pays a surpris les marchés ce matin en annonçant une baisse de 50 points de base (bp) de son taux directeur à 12%. La dernière baisse du taux Selic remonte au mois de juillet 2009. Le comité de politique monétaire (le Copom), qui a pris cette décision à une majorité de cinq membres sur sept, s’est justifié en indiquant dans son communiqué que «réévaluant son scénario international, le comité considère qu’il y a eu une dégradation substantielle, reflétée par la réduction généralisée et de grande ampleur des projections de croissance dans les principales régions économiques».
Les marchés brésiliens étaient pourtant unanimes à parier sur un maintien du taux Selic à 12,5%. En effet, les 20 économistes interrogés par Reuters et les 62 interrogés par Bloomberg tablaient tous sur une interruption des hausses, qui ont atteint un cumul de 175 bp depuis le début de l’année. Les marchés étaient quant à eux partagés entre le statu quo à 12,50% et un assouplissement de 25 bp au plus.
«Ils ont cédé à la pression politique» estime Tony Volpon, stratégiste chez Nomura Securities. Lundi, le ministre des Finances, Guido Mantega, a annoncé le relèvement de 6,2 milliards de dollars de l’objectif d’excédent budgétaire annuel. Sous la pression des industriels qui réclament une baisse des intérêts qui alimente la hausse du real face au dollar et entraîne une perte de compétitivité de l’industrie du pays, Guido Mantega avait rappelé que seule la banque centrale était apte à modifier les taux d’intérêt. Et la présidente, Dilma Rousseff, de surenchérir lors d’un voyage dans le nord-est du pays en indiquant souhaiter «avoir à l’horizon la possibilité de réduire les taux d’intérêt du Brésil, les plus élevés du monde». Le real s’est apprécié de plus de 40% contre dollar depuis fin 2008.
Tony Volpon estime que «la banque centrale fait le pari d’un retour de la crise de 2008». Si l’économie brésilienne commence à donner des signes clairs de ralentissement, les économistes anticipant une croissance comprise entre 3% et 4% cette année, Mauricio Rosal, chef économiste chez Raymond James au Brésil, estime cette décision «un peu prématurée». Malgré la baisse de l’inflation importée, liée aux prix des matières premières et à certains effets saisonniers, l’inflation globale a dépassé au mois d’août les 7% pour la première fois depuis 2005, à 7,1%.
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