Le « AAA » de la France plus que jamais dans le collimateur du marché
Les rumeurs d’une dégradation du souverain, nourries par des mouvements spéculatifs puissants, ont creusé le spread des CDS de l’Hexagone
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Tân Le Quang
Depuis la dégradation des Etats-Unis en «AA+», les marchés font preuve d’une extrême nervosité. Une rumeur de perte du «AAA» de la France a déclenché hier un vent de panique sur les banques françaises et, par ricochet, sur toutes les places. La déclaration du ministère de l’Economie, réfutant une dégradation de l’Hexagone, n’aura pas suffit à les calmer. Ils sont également restés sourds à la confirmation par S&P, Fitch et Moody’s de la note du pays et de sa perspective «stable».
Ces craintes de dégradation se sont reflétées dans la détérioration de la perception de la qualité de crédit de la France, telle que perçue sur le marché des contrats de protection contre le risque de défaut (CDS). Le spread des CDS à 5 ans français s’est creusé de 14 pb, à un record de 175 pb, selon CMA. Mais dans le même temps, le marché de la dette française n’a envoyé aucun signal de stress. Le taux des OAT à 10 ans s’est même détendu de 15,5 pb à 3,073%. Le spread OAT-Bund à 10 ans, lui, ne s’est creusé que de 2 pb à 88 pb. La déconnexion entre CDS et OAT suggère un mouvement spéculatif puissant, apparu en milieu de journée hier, à l’ouverture des marchés américains. «C’est une attaque en règle sur la France, qui s’est propagée aux banques. Le marché est nerveux. Les rumeurs se multiplient. Et même si elles sont incroyables, personne ne veut aujourd’hui se mettre contre le mouvement», confirme un gérant de hedge fund.
Nikola Swann, analyste chez S&P, a affirmé que «le gouvernement français est plus sérieux que le gouvernement américain sur les dossiers budgétaires». Les revenus fiscaux de la France sont «meilleurs» que ceux des Etats-Unis et son déficit budgétaire «n’est pas aussi élevé», a-t-il ajouté. D’ailleurs, après avoir réaffirmé mardi que la France tiendra ses engagements pour conserver sa note «AAA», la ministre du Budget, Valérie Pécresse, a confirmé hier l’engagement français de supprimer 3 milliards d’euros de niches fiscales pour 2012, tout en ouvrant la porte à un effort supplémentaire.
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