L’Argentine engage une course contre la montre sur le paiement de sa dette
La présidente Cristina Fernandez de Kirchner a défié la décision de la Cour suprême des Etats-Unis, faisant planer le spectre d’un prochain défaut sélectif
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Benoît Menou
La présidente argentine Cristina Fernandez de Kirchner a lundi soir soufflé le chaud et le froid concernant le sort du paiement de la dette de son pays. Quelques heures après le refus par la Cour suprême des Etats-Unis d’examiner la demande formulée par l’Argentine d’annulation d’un jugement donnant raison aux créanciers dits «vautours», la présidente a qualifié ce scénario d’inacceptable «extorsion».
Pour autant, Cristina Fernandez a mis en avant à la télévision la bonne volonté du pays en termes de négociation, comme démontré ces derniers mois avec Repsol ou avec le Club de Paris. Surtout, la présidente a souligné que le pays ne se déclarerait pas en défaut de paiement, ayant bien l’intention de respecter ses obligations, mais avant tout envers ceux de ses créanciers, de loin les plus nombreux, ayant accepté en 2005 et 2010 les conditions de restructuration de la dette souveraine passant par une décote voisine de 70% de leurs avoirs.
La minorité de créanciers récalcitrants, emmenés par deux fonds alternatifs, a pourtant obtenu une victoire lundi grâce à la Cour suprême, qui, refusant de s’emparer de l’affaire, a de fait confirmé le jugement de la cour d’appel de New York d’août 2013 invitant l’Argentine à leur verser 1,33 milliard de dollars.
Si Cristina Fernandez ne ferme donc pas la porte à une négociation avec ces derniers, l’échéance est déjà imminente, en l’occurrence un versement attendu le 30 juin au bénéfice des porteurs de dette restructurée. Faute d’un accord avec l’ensemble des créanciers, le pays se placerait de fait en situation de défaut partiel. Mais la présidente a stipulé que le fait d’accepter la décision de Washington pourrait motiver à la contestation d’autres créanciers porteurs de 15 milliards de dollars de dette. Pour Credit Suisse, les marchés semblent accorder une «forte probabilité à une solution négociée ou à un défaut de courte durée». Le ministre de l’Economie Axel Kicillof devait s’exprimer en soirée afin d’expliquer comment le pays compte sortir de cette ornière.
Le cas argentin est scruté de par le monde, car il pourrait compliquer la tâche d’Etats contraints ou désireux de procéder un jour à une restructuration de leur dette. Une opération déjà périlleuse sans avoir à affronter l’opposition inlassable de quelques créanciers. S&P a abaissé hier la note souveraine du pays de «CCC+» à «CCC-» en l’assortissant d’une perspective négative.
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