L’alerte de S&P sur les Etats-Unis constitue un mal pour un bien
Le choc tant redouté n’a pas eu lieu. Vingt-quatre heures après l’alerte de S&P, qui affiche désormais une perspective négative sur la note AAA des Etats-Unis, les taux longs américains se traitaient à leurs niveaux précédant l’annonce: 3,38% à 10 ans et 4,46 % à 30 ans, ayant effacé les quelques points de base de tension initiale. A cela deux raisons: les emprunts d’Etat ont bénéficié de la correction encore plus marquée des marchés actions, et la perspective d’un retour à la rigueur budgétaire outre Atlantique constitue une bonne nouvelle du point de vue des investisseurs obligataires.
L’avertissement de S&P devrait en effet encourager les Démocrates et les Républicains au Congrès à trouver un terrain d’entente sur le relèvement du plafond de la dette américaine et surtout sur des mesures d’économies. «Si vous regardez bien ce qui se passe à Washington, vous verrez des gens des deux camps être d’accord avec le Président pour que nous engagions dès maintenant des réformes qui feront baisser nos déficits à long terme», a relativisé hier le secrétaire d’Etat au Trésor, Tim Geithner. Reste à savoir si un tel programme pourrait être mis en place à 18 mois des élections présidentielles.
«Toute la difficulté pour le marché obligataire consiste à décider si l’impact crédit négatif de la nouvelle dépasse celui, très positif pour les Treasuries, des incitations à réduire le déficit. Ce deuxième effet devrait prédominer», relevaient hier les stratégistes taux de SG CIB. Pour ceux de BNP Paribas, «les investisseurs en Treasuries pousseront un immense soupir de soulagement lorsque de nouvelles coupes dans les dépenses seront inscrites dans le prochain budget». Autre effet possible: une moindre croissance qui devrait diminuer, logiquement, les tensions sur la partie longue de la courbe.
La fin annoncée d’une politique budgétaire accommodante aux Etats-Unis risque cependant de peser sur les actifs les plus risqués. C’est sans doute le sens de la forte correction, restée sans lendemain, des marchés actions à l’annonce de S&P. «Le spectre de l’austérité américaine commence peut être seulement à se faire jour sur les marchés, mais il constitue un changement fondamental qui pourrait en définitive accroître les primes de risque de crédit, et notamment dans le secteur des entreprises non financières», jugeaient hier les analystes crédit de BNP Paribas.
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