La zone euro se dote enfin de sa ligne de swap de change avec la Chine
Depuis longtemps espéré, l’accord sur l’instauration d’une ligne de swap entre la BCE et la Banque Populaire de Chine (PBOC) a finalement été signé hier. La ligne est ainsi instaurée pour une durée de trois ans, pour un montant maximum de 350 milliards de renminbi (42 milliards de l’euro) en approvisionnement de la BCE en monnaie chinoise, et d’un montant de 45 milliards d’euros en apport de monnaie unique vers la Chine. «L’accord de swap doit servir de dispositif de soutien à la liquidité et rassurer les banques de la zone euro sur la sécurité de l’approvisionnement en yuans chinois», indique la BCE dans son communiqué.
La place de Paris se félicite d’être le premier pôle de dépôts bancaires en devise chinoise dans la zone euro avec près de 2,5 milliards d’euros. «Désormais les entreprises françaises et européennes, présentes à Paris, y compris les PME, vont pouvoir libeller directement leurs transactions en devise chinoise», indique Paris Europlace. Et de préciser que neuf entreprises françaises ont d’ores et déjà émis des obligations libellées en yuan pour l’équivalent de 1,2 milliard d’euros, et que 10% du commerce franco-chinois se traite d’ores et déjà en renminbi.
Cet accord se situe juste derrière celui signé par la PBOC avec ses partenaires commerciaux historiques que sont Hong Kong et la Corée du Sud de 400 et 360 milliards de yuans, et devant ceux passés avec la Banque d’Angleterre, australienne et brésilienne. Un avantage pour les pays qui cherchent à capter une partie des volumes croissants échangés en monnaie chinoise. Swift estime que le yuan est désormais la huitième devise la plus échangée au monde avec une part de marché de 1,49% en août 2013, contre 0,92% en janvier 2012, et une valeur d’échange en hausse de 113%.
Pourtant, «la ligne de swap n’a qu’une importance symbolique» et n’a souvent jamais été utilisée, estime Mark Williams, chef économiste chez Capital Economics. En outre, la City de Londres reste le centre ultra-dominant des échanges internationaux en devise chinoise hors Hong Kong. Swift estime que 62% des échanges en renminbi sur le marché des devises sont réalisés par le Royaume-Uni (54% en 2012), contre 13% pour les Etats-Unis, et 10% pour la France, premier pays de la zone euro en la matière. «Cela donne une idée de la forte position de Londres sur le marché mondial des devises», estime Patrick de Courcy, directeur général adjoint chez Swift.
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Paris - «Il coche toutes les cases», y compris celle, encombrante, de rouage-clé de la macronie: Emmanuel Moulin, proposé mardi par Emmanuel Macron comme gouverneur de la Banque de France, est un haut fonctionnaire au profil très politique qui a gravi tous les échelons financiers de l’Etat. Le président de la République connaît bien celui qu’il soumet au vote des parlementaires pour succéder à François Villeroy de Galhau à la tête de l’institution monétaire, puisque l’ex-directeur général du Trésor a été au cours de la dernière année son bras droit en tant que secrétaire général de l’Elysée. Deux postes stratégiques qui illustrent le double parcours de cet énarque discret mais affable, aux faux airs d’inspecteur Columbo, surtout lorsqu’il enfile son imperméable beige. A 57 ans, l’inspecteur général des finances également diplômé de Sciences Po et de l’Essec verrait la Banque de France comme le couronnement d’une carrière entamée à la Banque mondiale. Emmanuel Moulin commence dès 2007 à travailler dans les cercles de l’exécutif, sous la droite, un passé qu’il met en avant aujourd’hui pour relativiser l'étiquette macroniste et gagner la confiance des élus Républicains. Chez Christine Lagarde à Bercy puis à l’Elysée auprès de Nicolas Sarkozy, il contribue à naviguer à travers la crise de l’euro. «Autodérision» Après un passage dans le privé -- Eurotunnel puis Mediobanca -- pendant le quinquennat du socialiste François Hollande (2012-2017), il revient au ministère des Finances comme directeur de cabinet de l’ex-LR Bruno Le Maire. Avant d'être nommé directeur du Trésor fin 2020. Début 2024, nouvelle promotion politique. Emmanuel Macron, qui vient de nommer le jeune Gabriel Attal à Matignon, lui adjoint cet homme d’expérience comme directeur de cabinet. Un passage rapide, stoppé net par la dissolution de l’Assemblée nationale qui éloigne aussi le président et son éphémère Premier ministre, entre lesquels Emmanuel Moulin tentera ensuite de jouer les entremetteurs, sans succès. «C’est un grand serviteur de l’Etat qui a aussi beaucoup d’humour et d’autodérision», dit de lui Louis Jublin, ancien conseiller de Gabriel Attal, évoquant «quelqu’un de très solide et très rassurant dans les crises», avec un vrai «sens politique» acquis auprès de «Sarko». Arrivé à l’Elysée en avril 2025 en tant que secrétaire général, cet homme souriant a la lourde tâche de succéder à Alexis Kohler, jusque-là inamovible auprès d’Emmanuel Macron. A l’approche de la fin de règne, ce père de quatre enfants, marié à la chercheuse spécialiste des Etats-Unis Laurence Nardon, fait alors partie du cercle de plus en plus restreint autour du chef de l’Etat. Avec les atouts d’un homme «rationnel et politique à la fois», glisse une conseillère de l’exécutif, qui se demande «si le président l'écoute vraiment». La dette en question Au sein du bloc central, certains lui reprochent des conseils mal avisés. «C’est Moulin qui a expliqué au président que nommer Bruno Le Maire comme ministre des Armées, c'était génial», croit savoir un proche d’Emmanuel Macron, un choix qui, en octobre, ulcère la droite et fait capoter tout le premier gouvernement de Sébastien Lecornu. Quand François Villeroy de Galhau annonce qu’il partira en juin, un an et demi avant sa fin de mandat, Emmanuel Moulin fait vite savoir qu’il va «tenter sa chance». «Devenir gouverneur de la Banque de France, c’est un souhait de sa part, il ne s’en est jamais caché», rapporte un ex-conseiller ministériel qui l’a côtoyé. Sur le papier, il en a «les compétences», assure une ministre macroniste pour qui «il coche objectivement toutes les cases». «Il ferait ça très bien, il connaît les marchés et les affaires européennes», abonde un acteur du monde financier, sous couvert de l’anonymat. Parmi les opposants les plus farouches au chef de l’Etat, l’insoumis Eric Coquerel, président de la commission des Finances de l’Assemblée, reconnaît qu’il est «sûrement très compétent, techniquement». Mais il a été «au service de la politique économique conduite par Emmanuel Macron depuis 2017", proteste le député, qui y voit un problème «d’indépendance et de neutralité». A l’autre bout de l'échiquier politique, le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy est plus sévère. «Il est incompétent», dit-il à l’AFP, fustigeant sa responsabilité présumée dans l’aggravation de la dette française. Francesco FONTEMAGGI © Agence France-Presse -
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