La Turquie desserre l’étau monétaire pour endiguer la chute de la lire
Egalement victime du tapering de la Fed, la Turquie s’est résolue à procéder à un relèvement surprise de ses taux directeurs pour tenter de contrer la dépréciation de la lire qui menace l’économie du pays. La banque centrale a ainsi décidé hier de porter la borne haute des taux d’emprunts au jour le jour à 7,75%, soit un resserrement de 50 points de base (pb). Une nouvelle mesure après l’échec de la hausse de 75 pb du taux plancher en juillet, ainsi que de l’utilisation de 15% des réserves de change de la banque centrale qui n’ont pas réussi à mettre un terme à la chute de la lire turque. Après l’annonce, la banque centrale a d’ailleurs encore cédé 200 millions de dollars sur les marchés. La devise a néanmoins perdu 11% de sa valeur contre dollar depuis le début de l’année, et 13% contre euro depuis début avril.
Une décision controversée dans un pays où la croissance est passée d’un rythme supérieur à 8% en 2010 et 2011, à 2,2% l’année dernière, et attendue à seulement 3% cette année. D’autant que la hausse est jugée trop modeste pour calmer les tensions sur la lire, et «ajoute une autre complication dans la gestion de la politique monétaire et laisse à penser que le banque centrale rechigne à procéder à une hausse du taux directeur», selon BNP Paribas.
A l’instar des autres pays émergents touchés par l’annonce le 22 mai dernier d’une sortie future de la politique monétaire ultra-accommodante de la Fed, l’économie turque est ainsi passée d’une situation où elle a vu entrer quelque 9 milliards de dollars de capitaux dans le pays au cours des cinq premiers mois de l’année, à un renversement de tendance complet avec des sorties nettes de capitaux de 3 milliards entre le début du mois de juin et début août. «La hausse des taux d’intérêt souligne à quel point l’économie turque est vulnérable au ralentissement récent des afflux de capitaux», estime William Jackson, consultant chez Capital Economics.
Une situation d’autant plus pénalisante qu’en plus d’un déficit courant de 55 milliards de dollars (soit 6,8% du PIB), les secteurs publics et privés turcs font face à des échéances cumulées de dette externe de quelque 163 milliards à payer dans les douze prochains mois. D’ailleurs les obligations d’Etat ont réagi de manière plus violente encore que le marchés des devises, avec un rendement à deux ans qui a presque doublé depuis mi-mai pour atteindre environ 9%.
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh propose une Fed «moins communicante»
Les acteurs du secteur financier peuvent y voir une évolution potentiellement positive si cela permet de réagir plus vite et mieux aux données. On peut cependant encore douter que le banquier central nommé par le président Donald Trump soit celui qui cherche ainsi à dépolitiser la Fed. -
Le M&A s'alimente de nouveau au gros gibier
En dépit de moindres volumes, la valeur des opérations de fusions & acquisitions a rebondi durant ce premier semestre 2026, un début d'année marqué par des transactions de grande envergure. L'intérêt des investisseurs se concentre notamment sur les secteurs des télécommunications, de l'énergie, des infrastructures et de l'intelligence artificielle, relèvent les banques d'investissement. -
CRH change de braquet aux Etats-Unis
L’acquisition d’Arcosa en numéraire pour 8,5 milliards de dollars, dette incluse, renforcera la position du groupe irlandais de matériaux de construction dans les infrastructures et l’énergie. -
Le risque de défaut progresse sous contrôle
Les entreprises high yield continuent de profiter d’un marché primaire actif offrant une forte liquidité leur permettant de se refinancer. Les taux de défaut ont grimpé à 4% en Europe comme aux Etats-Unis, et devraient se maintenir à ce niveau, avec des risques surtout spécifiques. -
L'agrément MiCA devient la meilleure publicité des acteurs crypto
A quelques jours de l'échéance du règlement européen MiCA, les acteurs crypto agréés en font un argument marketing de taille, en espérant rafler les clients et actifs des plateformes n'ayant pas reçu le précieux sésame. -
BNP Paribas sécurise sa bancassurance en Italie
BNP Paribas Cardif, la compagnie d’assurance du groupe, renforce son partenariat avec le groupe BCC Iccrea et le prolonge jusqu’en 2039.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- Le chantier social prend du retard dans la fusion de BNP PAM et d'Axa IM
- Generali Investments va lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- L'AFG propose d'introduire une dose de capitalisation dans les retraites complémentaires du privé
- Le programme Tibi 3 vise 15 milliards d'euros d'investissements dans la tech
- AIFM 2 : la transposition française de la directive prend beaucoup de retard
Contenu de nos partenaires
-
AdaptationClimatisation : la grande bascule des politiques
Face aux canicules à répétition, le débat sur le dérèglement climatique n’existe plus. Il se déplace sur l’adaptation. En se cristallisant sur la seule question de la clim, devenue très politique -
Commerce internationalLe commerce maritime international en mode agile
De la mer Rouge au détroit d'Ormuz, les crises géopolitiques rebattent les cartes du transport maritime. Armateurs, assureurs et transitaires s'organisent désormais pour naviguer dans un monde où l'incertitude est devenue la norme. A l'occasion du Rendez-vous ParisMAT qui se tient aujourd'hui et demain à Paris, petit tour d'horizon de ce nouveau quotidien -
EXCLUSIFDominique de Villepin : « Il faudra revenir à une taxe carbone »
Retour de l’ISF, taxe carbone, fonds souverain de 100 milliards… L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac dévoile en exclusivité les grandes lignes de son programme économique pour l’élection présidentielle de 2027