La Turquie desserre l’étau monétaire pour endiguer la chute de la lire
La banque centrale a relevé la borne haute de son taux d’emprunt à court terme de 50 points de base en pleine phase de ralentissement économique
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Patrick Aussannaire
Egalement victime du tapering de la Fed, la Turquie s’est résolue à procéder à un relèvement surprise de ses taux directeurs pour tenter de contrer la dépréciation de la lire qui menace l’économie du pays. La banque centrale a ainsi décidé hier de porter la borne haute des taux d’emprunts au jour le jour à 7,75%, soit un resserrement de 50 points de base (pb). Une nouvelle mesure après l’échec de la hausse de 75 pb du taux plancher en juillet, ainsi que de l’utilisation de 15% des réserves de change de la banque centrale qui n’ont pas réussi à mettre un terme à la chute de la lire turque. Après l’annonce, la banque centrale a d’ailleurs encore cédé 200 millions de dollars sur les marchés. La devise a néanmoins perdu 11% de sa valeur contre dollar depuis le début de l’année, et 13% contre euro depuis début avril.
Une décision controversée dans un pays où la croissance est passée d’un rythme supérieur à 8% en 2010 et 2011, à 2,2% l’année dernière, et attendue à seulement 3% cette année. D’autant que la hausse est jugée trop modeste pour calmer les tensions sur la lire, et «ajoute une autre complication dans la gestion de la politique monétaire et laisse à penser que le banque centrale rechigne à procéder à une hausse du taux directeur», selon BNP Paribas.
A l’instar des autres pays émergents touchés par l’annonce le 22 mai dernier d’une sortie future de la politique monétaire ultra-accommodante de la Fed, l’économie turque est ainsi passée d’une situation où elle a vu entrer quelque 9 milliards de dollars de capitaux dans le pays au cours des cinq premiers mois de l’année, à un renversement de tendance complet avec des sorties nettes de capitaux de 3 milliards entre le début du mois de juin et début août. «La hausse des taux d’intérêt souligne à quel point l’économie turque est vulnérable au ralentissement récent des afflux de capitaux», estime William Jackson, consultant chez Capital Economics.
Une situation d’autant plus pénalisante qu’en plus d’un déficit courant de 55 milliards de dollars (soit 6,8% du PIB), les secteurs publics et privés turcs font face à des échéances cumulées de dette externe de quelque 163 milliards à payer dans les douze prochains mois. D’ailleurs les obligations d’Etat ont réagi de manière plus violente encore que le marchés des devises, avec un rendement à deux ans qui a presque doublé depuis mi-mai pour atteindre environ 9%.
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