La tension sur les taux contamine le marché high yield en euros
Le marché du crédit européen à haut rendement avait relativement bien résisté à la remontée des taux d’emprunts depuis fin avril… jusqu’à la semaine dernière. Sur le cash, «l’indice iBoxx HY Corporates s’est élargi de 40 pb à 438 pb de spread au-dessus des benchmarks, soit 6 pb de plus qu’au tournant de l’année. Les acheteurs se sont montrés très sélectifs et insaisissables, la plupart préférant éviter de prendre du risque à ce stade», soulignent les stratégistes crédit de SG CIB. Les fonds ont par ailleurs subi des retraits.
Si le compartiment affiche encore une performance positive sur 2015 (+1,67% en total return), contrairement à l’investment grade (-0,71%), il a perdu 1,01% sur la semaine écoulée, indique CreditSights. La montée des inquiétudes autour du dossier grec explique ce regain de nervosité vis-à-vis des actifs risqués. Les réactions sont partagées selon les catégories de notation. Les émetteurs BB, les plus proches de la catégorie investisseurs, sont ceux qui souffrent le plus en 2015, en traitant 44 pb au-dessus de leur niveau à fin 2014, car le prix de leurs obligations s’était envolé en début d’année. Les signatures les plus risquées, CCC, qui ont connu une correction de 117 pb la semaine dernière, se paient au contraire à des spreads encore inférieurs de 10% à ceux de fin décembre.
La nouvelle donne contamine aussi le marché du primaire. En témoigne la difficile émission obligataire de Worldwide Flight Services (WFS) vendredi. Le groupe de services aéroportuaires a été cédé fin avril par LBO France à Platinum Equity. Ses 225 millions d’euros d’obligations à 7 ans, notées B2/B, cinq crans en catégorie high yield, n’ont trouvé preneur qu’à un rendement de 9,5%. WFS a ainsi égalé le record établi cette année par deux autres emprunteurs sur le high yield européen. La fourchette indicative, le 19 juin au matin, était de 9,25% à 9,5%, et le rendement communiqué lors de la phase de pré-marketing, la semaine précédente, tournait encore autour de 8,5%.
Platinum Equity, qui devait mener la transaction à bien pour boucler le financement du LBO sur l’entreprise, ne s’attendait sans doute pas fin avril à acquitter un tel prix. Si l’émetteur a pâti du climat général, il aurait aussi payé, selon des sources de marché, sa relative petite taille, en termes d’Ebitda et de montant d’émission, et le levier plutôt élevé que faisait ressortir l’opération.
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