La Russie lance des sanctions économiques à double tranchant

L’embargo sur les aliments européens ou américains ne sera pas sans conséquences sur ces industries. Mais il risque d’amplifier l’inflation russe
Olivier Pinaud

Une décision politique risquée. En décrétant une interdiction totale pendant un an des importations de produits alimentaires (bœuf, porc, volaille, poisson, fromage, lait, fruits et légumes) en provenance de l’Europe des 28, des États-Unis, de l’Australie, du Canada et de la Norvège, en réponse aux sanctions à son encontre, la Russie a amplifié les craintes sur la stabilité de son économie. Hier, l’indice de la Bourse de Moscou a perdu plus de 2% en séance, avant de finir inchangé.

Ces mesures «ne vont qu’amplifier les effets des sanctions financières imposées à la Russie», craint Dmitry Polevoy, économiste d’ING à Moscou, «en augmentant les prix des produits alimentaires, ce qui pèsera sur les ménages». Selon les premières estimations de BoA Merrill Lynch, l’embargo pourrait ainsi ajouter entre 0,5 et 1,5 point d’inflation. Malgré une croissance quasi-nulle, la banque de Russie a déjà relevé par trois fois ses taux dernièrement pour contrer l’inflation. Elle était de 7,5% en juillet, bien au-dessus de l’objectif de 5% fixé par les autorités pour 2014. Des discussions ont déjà été engagées avec des pays voisins pour trouver de nouvelles sources d’approvisionnement et limiter l’effet sur les prix.

Si les Etats-Unis ont minimisé hier leur portée sur l'économie américaine, ces interdictions ne seront pas sans conséquences pour les pays visés et leurs industries, même si «elles sont encore difficiles à chiffrer», estime JPMorgan. La Russie a importé l’an dernier 9,2 milliards de dollars de denrées alimentaires visées par l’embargo. Environ 10% des exportations agricoles de l’Union européenne vont à la Russie, soit 11 milliards d’euros par an, selon la Commission européenne, dont plus de 1 milliard pour les seuls produits laitiers. La Russie représente à elle seule 28% des exportations de fruits européens et 21,5% de celles de légumes. 8% des poulets élevés aux Etats-Unis partent chaque année vers la Russie. La France est le dixième fournisseur du pays en denrées alimentaires avec 1,42 milliard de dollars en 2013, derrière l’Allemagne (1,83 milliard) ou la Pologne (1,55 milliard). Plusieurs groupes ont lourdement souffert hier en Bourse après les annonces russes. Bonduelle a chuté de 7%. L'éleveur de saumons norvégien Marine Harvest a plongé de 8,3%.

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