La puissance de feu de la banque centrale russe doit être relativisée
ING estime à 150 milliards de dollars la part des réserves qui peut réellement être utilisée pour intervenir sur le marché des devises
Publié le
Alexandre Garabedian
Les marchés d’actifs risqués ont pris prétexte des quelques signes d’apaisement envoyés par le président russe Vladimir Poutine pour regagner une bonne partie du terrain perdu lundi. Entre d’éventuelles sanctions économiques, une fuite des capitaux, une chute du rouble et un risque de récession en 2014, la Russie a gros à perdre d’une escalade des tensions avec l’Ukraine. D’autant que sa banque centrale (CBR) n’a pas les coudées aussi franches qu’il y paraît.
La hausse de 1,5 point du taux directeur lundi n’a pas eu l’effet escompté, forçant la Bank Rossii à brûler au moins 10 milliards de dollars de réserves pour endiguer la baisse de sa devise. Pour Goldman Sachs, une partie de l’explication vient du fait que les pressions vendeuses sont d’abord alimentées par les particuliers, moins sensibles à l’argument des taux.
La banque centrale a par ailleurs dû modifier lundi soir sa politique de change. Le rouble évolue dans un corridor flexible, déterminé par rapport à un panier en dollars et en euros. Un changement de 5 kopecks de ce corridor équivalait à 350 millions de dollars d’intervention. La CBR a remonté ce seuil à 1,5 milliard afin de diminuer la sensibilité du corridor à ses interventions. La banque centrale a aussi indiqué qu’elle fixerait au jour le jour les paramètres de sa politique de change. De quoi lui donner plus de latitude à court terme pour empêcher la glissade de sa devise, qui s’est reprise hier face à l’euro et au dollar. «Le principal inconvénient de cette décision est qu’elle amène à se demander si le passage à un régime de change totalement flottant pour le rouble en 2015 interviendra dans les délais prévus», relève cependant Anna Zadornova, économiste chez UBS.
Avec 493 milliards de dollars de réserves de change au 21 février, la CBR paraît certes bien mieux armée que d’autres banques centrales des pays émergents pour intervenir sur les marchés. Mais les économistes d’ING relativisaient hier cette force de frappe. Sur ce total, 175 milliards sont logés dans les fonds souverains rattachés au ministère des finances, et 55 milliards détenus sous forme d’or. Restent 270 milliards, dont 120 milliards doivent être préservés pour couvrir l’équivalent de trois mois d’importations. «Cela laisse 150 milliards pour des interventions de change – un volume toujours conséquent, mais guère impressionnant comparé aux 10-12 milliards vendus sur la seule journée de lundi», souligne ING.
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