La politique agricole chinoise atteint ses limites
La remise en cause de la politique de prix minimums sur le marché intérieur pourrait entraîner une baisse des importations de Pékin et donc des cours
Publié le
S. Berthelet, A. Bonneviot - SMA Gestion
Avec ses importations toujours plus massives, la Chine est devenue un acteur incontournable sur les marchés agricoles. En 2003, le pays importait 5 milliards de dollars de produits agricoles américains. En 2012, elle en importait 26 milliards, soit 18% des exportations agricoles américaines.
Cette évolution coïncide avec la mise en place d’une politique bien précise. Pour préparer son entrée au sein de l’OMC, le pays a dû baisser ses barrières douanières et limiter ses subventions. Une fois devenue membre en 2001, elle a progressivement introduit de nouvelles mesures de soutien, la plus importante étant une politique de prix minimums. Pour garantir les prix internes, le gouvernement achète et stocke les excédents. Depuis sept ans environ, ces prix garantis sont presque toujours supérieurs aux cours internationaux – pourtant historiquement élevés – forçant le gouvernement à stocker massivement et incitant les consommateurs à se tourner vers les marchés internationaux. Ainsi, pour le maïs par exemple, le prix chinois a été fixé à plus de 9 dollars le boisseau en octobre 2013 alors que le cours du maïs américain évoluait autour de 5-6 dollars. En conséquence à la fin 2013, les stocks de maïs chinois représentaient 42% des stocks mondiaux.
L’exemple du coton est encore plus flagrant : les prix domestiques étant tellement élevés, les industriels chinois ont importé en 2012 un montant record de 3,4 milliards de dollars de coton américain (la moitié des exportations outre-Atlantique), aboutissant vers mi-2013 à des stocks chinois représentant 60% des stocks mondiaux. Malgré ces mesures de grande ampleur, les résultats obtenus sont décevants pour la filière coton : les surfaces cultivées et la production locale ont reculé de plus de 10% entre 2008 et 2013.
Le bien-fondé de cette politique fait désormais l’objet de débats en Chine et les autorités envisagent une réorientation graduelle. Des subventions directes à la production et liées aux surfaces cultivées ainsi qu’une réduction des stocks sont évoquées. De tels changements entraîneraient une baisse des importations, une concurrence accrue et donc probablement une baisse des cours mondiaux. Les autorités chinoises devront cependant veiller au respect des règles de l’OMC.
Quoi qu’il en soit, le statu quo semble intenable, la politique agricole chinoise devra évoluer, ce qui ne sera pas sans conséquences pour les marchés internationaux.
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