La montée en flèche de la volatilité n'épargne aucune classe d’actifs
Depuis Lehman Brothers, rien ne semble avoir changé. En dépit de leurs efforts visant à renforcer le cadre réglementaire des marchés financiers pour éviter une nouvelle crise, régulateurs et gouvernements n’ont pas réussi à anticiper la débâcle du mois d’août, marquée par le retour en fanfare de la volatilité qui n’épargne aucune classe d’actifs. «Par classe d’actifs, les actions et le crédit, hors Asie, ont connu une volatilité à 3 mois élevée. Pour les taux longs européens et américains (taux d’Etat et swaps à 10 ans), ainsi que pour les matières premières (pétrole, or, blé) et le change (grandes parités de change), les niveaux atteints sont élevés mais ne sont pas aux niveaux records de 2008-2009», explique Julien Turc, directeur de la recherche quantitative multiactifs et modélisation chez SG CIB. Quant aux taux court terme, l’expert note qu’au vu des politiques monétaires des banques centrales accommodantes, la volatilité est restée basse.
Comme à son habitude, le marché des dérivés de crédit, tel un indicateur avancé de nervosité, avait envoyé un premier signal à la mi-juillet. Les options sur indices iTraxx ont vu leur volatilité à un mois exploser tandis que la volatilité des autres classes d’actifs est restée basse. Du coup, sa remontée fulgurante cette dernière semaine a pris à la gorge les marchés actions des deux côtés de l’Atlantique. Le Vix, indice qui mesure la volatilité du S&P 500, a touché, lundi, un plus haut depuis mars 2009 de 48% mais encore très loin des 80,8% du 20 novembre 2008. Hier, il se traitait à 41%. Son homologue allemand, le VDAX, qui a enregistré un plafond de 74% le 16 octobre 2008, avoisinait les 41,50% mercredi et s’est replié jeudi à 38,9%. «La volatilité de l’Eurostoxx50, en se situant sous les 60% en séance, reste loin de ses records de 2008 où elle avait atteint les 90%», précise Hervé Le Teno, analyste chez Newedge. En somme, la volatilité des Bourses n’est pas à son apogée.
En revanche, le marché de la dette souveraine a rouvert la page Lehman. «La volatilité à 60 jours sur le Bund 10 ans est aujourd’hui à un niveau de 10,80%, proche du pic de 11% observé lors de la crise de 2008», constate Hervé Le Teno. Mais «il est difficile d’imaginer que celle-ci poursuive son envolée durant les prochains jours», tempère-t-il.
Paradoxalement, la volatilité des taux de change, qui a fait couler beaucoup d’encre en 2009-2010, s’est tendue, sans atteindre des niveaux excessivement hauts. Le franc suisse, le dollar néozélandais, le dollar australien, le yen et l’euro ont vu leur parité contre dollar enregistrer des volatilités, dans l’ordre, de 26,5%, 25%, 22%, 18% et 16%.
«Bien que la dynamique de volatilité ne soit qu’aux prémices de celle observée avant la chute de Lehman Brothers, la remontée concomitante des primes de risques, des spreads de crédit et des swaps spreads au niveau des CDS souverains indique que la crise de la dette souveraine a contaminé l’ensemble des classes d’actifs», explique Julien Turc. L’indice iTraxx SOVX, qui suit les CDS à 5 ans des dettes souveraines d’Europe de l’Ouest, avait touché un pic de 303 pb le 18 juillet, contre 197 pb le même jour pour l’iTraxx des dettes sénior financières européennes. Hier, le premier s’est établi à 289 pb, à comparer à un plus haut de 239 pb pour le deuxième.
Le baril de pétrole a aussi subi de fortes variations. La volatilité à 10 jours des contrats livrables en septembre est ressortie hier à 43% contre 11% le 1er août. L’indice de volatilité du pétrole sur le CBOE et le Nymex, qui avait commencé en août à 34,5%, s’est établi à 69% mardi. Hier, il s’est rétracté à 50%. Les mouvements de l’or noir ne sont pas sans répercussions sur certaines matières première agricoles. «Le prix du colza qui est utilisé dans les biocarburants, a dans un premier temps chuté de 10% avec le cours du pétrole sur fond de crise boursière. Hier, suite à la publication du rapport du département de l’Agriculture américain faisant état d’une baisse de la production du soja et de maïs, le cours de l’oléagineux a rebondi de 5%. Sa volatilité ressort à 24% cette semaine, contre 16% la semaine d’avant», remarque Michel Portier, directeur d’Agritel. L’expert ajoute que le blé et le maïs ont été moins touchés par la chute des Bourses (-5%) mais que leur volatilité historique à 2 mois s’est maintenue à un niveau élevé de 30%.
Cette situation a fait sortir de ses gonds le régulateur européen des marchés financiers, l’Esma, qui a déclaré suivre de près «le nouvel excès de volatilité dans les valeurs bancaires» et être en «contact étroit avec les régulateurs nationaux». «Les régulateurs surveillent avec une vigilance accrue la volatilité et le bon fonctionnement des marchés», a-t-il déclaré.
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