La médiatrice de l’Union européenne épingle le mandat ESG attribué à BlackRock
C’est ce qui s’appelle un revers. La médiatrice de l’Union européenne (UE), Emily O’Reilly, a remis en cause un mandat remporté en mars dernier par BlackRock auprès de la Commission européenne qui cherchait à développer des outils et des mécanismes pour intégrer les facteurs environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG) dans le cadre prudentiel du secteur bancaire de l’UE. La Commission avait lancé un appel d’offres en juillet 2019 pour faire mener une étude qui analyse la situation actuelle et identifie les enjeux pour faire face à cette problématique.
Celle-ci avait reçu neuf offres et attribué le contrat à BlackRock, la seule société de gestion parmi les soumissionnaires. Cette décision avait soulevé un tollé parmi de nombreux observateurs, étonnés de constater qu’une société qui investit dans plusieurs secteurs controversés comme l’armement mais aussi dans des banques qu’elle devrait analyser, se voie confier une telle mission. La question d’importants conflits d’intérêts avait alors été soulevée ainsi que celle d’un prix particulièrement bas (280.000 euros). La médiatrice avait reçu trois plaintes – deux en provenance de députés européens et une d’un groupe de la société civile.
L’enquête de la médiatrice a attiré l’attention sur le fait que BlackRock a optimisé ses chances d’obtenir le contrat en faisant une offre exceptionnellement basse, qui pourrait être perçue comme une tentative d’exercer une influence sur un domaine d’investissement pertinent pour ses clients. SI la médiatrice ne demande pas à annuler le contrat, elle observe divers éléments qui auraient dû alerter la Commission.
Manques de questionnements
Tout d’abord, «des questions auraient dû être posées sur la motivation, la stratégie tarifaire, et il aurait fallu également vérifier si les mesures prises par la société pour éviter tout conflit d’intérêts étaient vraiment appropriées», indique Emily O’Reilly.
«L’UE est prête à effectuer des dépenses et des investissements sans précédent dans les années à venir en lien avec le secteur privé – les citoyens doivent être sûrs que les contrats qui impliquent les fonds européens sont attribués à la suite d’un processus de vérification extrêmement rigoureux. Les règles actuelles ne permettent pas de fournir cette garantie», poursuit-elle.
Dans sa décision la médiatrice propose alors à la Commission de changer certains points pour éviter de refaire les mêmes erreurs et notamment d’améliorer ses lignes directrices concernant l’évaluation des soumissionnaires qui participent à des appels d’offres liés à la politique publique.
Renforcer les dispositions relatives aux conflits d’intérêts
Elle lui a également demandé d’envisager de renforcer les dispositions relatives aux conflits d’intérêts dans le règlement financier – les lois de l’UE régissant les modalités des procédures de marchés publics financés par le budget de l’UE.
Elle estime enfin que «les règles en vigueur ne sont ni assez rigoureuses ni assez claires pour permettre aux fonctionnaires de trouver des conflits d’intérêts en dehors d’un éventail très restreint de conflits professionnels».
Un porte-parole de BlackRock a indiqué à Reuters estimé que la Commission avait mis en exergue la qualité technique de la proposition formulée par sa filiale FMA dont l’approche, a-t-il ajouté, intègre le monde universitaire, la société civile, des banques, des autorités du supervision et des spécialistes des marchés.
Plus d'articles du même thème
-
La COP17 au défi de la mobilisation des capitaux privés
La semaine sur la biodiversité s’ouvre aujourd’hui sur fond de déficit de financement. Face à l’objectif de 200 milliards de dollars par an d’ici à 2030, la COP17 devra accélérer la mobilisation des capitaux privés pour préserver la nature. -
L’investissement climatique à l’épreuve des générations
Alors que les événements extrêmes se multiplient et que les jeunes se montrent plus sensibles aux enjeux environnementaux, le rendement reste le juge de paix. La transmission du patrimoine pourrait donner un nouvel élan à l’investissement climatique. -
ABP soutient une gestion forestière plus durable
Le plus important fonds de pension néerlandais a réalisé un investissement de plusieurs millions pour soutenir une approche de gestion forestière selon des méthodes de coupe sélective validées par Bruxelles. -
L’Esma fixe des critères de crédibilité pour les déclarations d’impact et de transition
À l’orée de la dernière phase de négociation du nouveau règlement SFDR sur la conformité des informations de durabilité, prévue d’ici fin 2026, l’Esma précise ses attentes pour prévenir le greenwashing et encadrer les engagements de transition climatique. -
BNP Paribas AM dévoile sa nouvelle stratégie mondiale de durabilité
Cette nouvelle feuille de route permet d’actualiser les priorités de la société de gestion et de les harmoniser après l’intégration d’Axa IM. -
Le fonds de pension danois P+ est pris en flagrant délit de greenwashing
Le fonds de pension des universitaires danois est prié par l’autorité de surveillance financière du Danemark de revoir sa feuille de route en matière de durabilité.
ETF à la Une
VanEck a collecté plus de 13 milliards de dollars depuis le début de l’année pour sa gamme d’ETF Ucits
- Jacques-Aurélien Marcireau lance Stilgar AM et son premier fonds sur la data
- BlackRock plaide pour un nouveau type de financement dans l'IA
- Scor Investment Partners veut ouvrir son expertise de titrisation aux investisseurs institutionnels
- AllianzGI domine la collecte des fonds français au troisième trimestre
- Amundi renforce son offre d’ETF thématiques
Contenu de nos partenaires
-
CalvaireEmmanuel Macron : comment tenir six mois ?
Privé de majorité, de moyens financiers, confronté à plusieurs crises graves, comment Emmanuel Macron peut-il présider les six mois qui le séparent de l'élection présidentielle ? -
LFI, banlieues et immigration : Bardella déroule son récit du 17 octobre
Parasité par les accusations d'antisémitisme de Mediapart à l'égard de son président, le RN retrouve un terrain familier. Lors d'une conférence de presse lundi, Jordan Bardella a inscrit les débordements dans un discours réactivant les fondamentaux du parti d'extrême droite -
Tous aux abris17 octobre : La vraie facture pour les entreprises
Le gouvernement a promis un fonds d'aide et du chômage partiel. Les commerçants, eux, redoutent le pire pour les prochaines mobilisations annoncées