La justice européenne statue sur les marges de manœuvre de la BCE
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) mettra fin demain à un long feuilleton judiciaire. Elle doit rendre son verdict sur l’OMT (outright monetary purchases), l’un des outils inventés par la BCE en 2012 pour endiguer la contagion de la crise des dettes souveraines. L’annonce de ce programme d’achats d’emprunts d’un Etat en difficulté, en même temps que le fameux «whatever it takes» de Mario Draghi à l’été 2012, avait permis au président de la BCE de mettre fin à l’écartement des spreads souverains en zone euro. La banque centrale n’a d’ailleurs jamais eu besoin d’activer cet OMT.
C’est toute la capacité d’action de la BCE qui est en jeu ici, alors que l’institution a lancé en mars un programme d’assouplissement quantitatif (QE), et que la Grèce remet sous tension la zone euro. La procédure est née d’une plainte devant la Cour constitutionnelle allemande, qui a renvoyé le dossier à la Cour de justice de l’UE. Les observateurs s’attendent à ce que les juges donnent leur feu vert à l’OMT, suivant les réquisitions de son avocat général en janvier dernier. Ce dernier avait estimé que le programme n’était pas contraire aux traités européens et ne constituait pas une forme de monétisation de la dette publique. Les arguments de l’avocat général sont souvent suivis, mais pas toujours.
La CJUE pourrait cependant imposer à la BCE «des conditions supplémentaires en matière de transparence, de conditionnalité et d’interdiction de financement monétaire des déficits publics», rappellent les économistes d’UniCredit. L’avocat général avait en effet émis des réserves en janvier. La BCE devait ainsi mieux expliquer les circonstances extraordinaires qui justifient l’utilisation d’une politique monétaire non conventionnelle. L’avocat avait aussi estimé qu’il ne fallait pas conditionner l’OMT à un programme de réformes économiques mené dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité (MES) et de son prédécesseur, le FESF. S’il était suivi, «ce serait une victoire à la Pyrrhus pour la Cour constitutionnelle allemande», relève UniCredit, alors que Berlin est le plus chaud partisan de la rigueur dans les pays aidés.
Enfin, la BCE était invitée à mener ses achats sur le marché secondaire de façon à ne pas faire bouger les prix sur le primaire. «Cette condition devrait être aisément remplie. La BCE pourrait attendre plus longtemps avant d’acheter les nouvelles émissions, ou se concentrer sur les souches existantes», selon UniCredit.
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Washington - Donald Trump a annoncé jeudi une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu au Liban, au moment où les efforts pour arriver à un accord avec l’Iran sont pour leur part au point mort. «Le cessez-le-feu entre Israël et le Liban sera prolongé de TROIS SEMAINES», a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social à l’issue d’une nouvelle réunion entre des représentants des deux pays à Washington. En vigueur depuis le 17 avril, la trêve qui devait initialement s’achever dimanche a offert un certain répit à la population libanaise, dans un conflit qui a déjà fait plus de 2.400 morts et un million de déplacés dans le pays depuis début mars. Donald Trump a assuré que les Etats-Unis «vont collaborer avec le Liban afin de l’aider à se protéger contre le Hezbollah». L’organisation chiite, qui a entraîné le pays dans la guerre le 2 mars en soutien à son allié iranien, a rejeté ces pourparlers et poursuit ses opérations dans le sud du Liban, où Israël entend créer une zone tampon au prix de destructions de villages et de bombardements, qui ont tué mercredi deux journalistes libanaises. Le Hezbollah a lui annoncé avoir tiré des roquettes sur le nord d’Israël en réponse aux «violations» du cessez-le-feu par l’armée israélienne. «Tout le temps du monde " Malgré tout, M. Trump a dit s’attendre à ce que les dirigeants israélien Benjamin Netanyahu et libanais Joseph Aoun se rencontrent «dans les semaines à venir». Le président libanais, qui a jusqu'à présent écarté la perspective d’une telle rencontre, est attendu vendredi au sommet européen d’Ayia Napa, à Chypre, aux côtés de ses homologues égyptien Abdel Fattah al-Sissi et syrien Ahmed al-Chareh et du prince héritier de Jordanie Hussein ben Abdallah. Les Vingt-Sept ont fait savoir qu’ils entendaient évoquer «la situation au Liban et les pourparlers entre Israël et le Liban» et entretenir un «dialogue intensif» avec les Etats de la région. Près de deux mois après son déclenchement le 28 février par Israël et les Etats-Unis, la guerre contre l’Iran continue de peser sur les marchés de l'énergie et sur l'économie mondiale, malgré l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 8 avril. Le trafic est à l’arrêt dans le détroit d’Ormuz, par où transitait avant le conflit 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, et désormais soumis à un double blocus iranien et américain. Vendredi matin, les cours du pétrole ont encore progressé en Asie, avec le WTI à plus de 97 dollars et le Brent de la mer du Nord à près de 107 dollars. Donald Trump a assuré que le temps jouait contre Téhéran à mesure que se réduisent ses exportations de pétrole. «J’ai tout le temps du monde, mais ce n’est pas le cas de l’Iran», a-t-il écrit jeudi sur Truth Social. Troisième porte-avions Washington maintient une pression militaire, avec l’arrivée dans la région d’un troisième porte-avions, le George HW Bush. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a dit n’attendre que le feu vert des Etats-Unis pour reprendre les frappes. Donald Trump a cependant assuré ne pas avoir l’intention d’utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran, dont il avait menacé début avril d’"éteindre» la civilisation. «Pourquoi utiliserais-je l’arme nucléaire alors que nous les avons complètement anéantis, de manière très conventionnelle?», a-t-il déclaré en réponse à une question de journaliste à la Maison Blanche. Une première session de discussions irano-américaines au Pakistan le 11 avril s'était soldée par un échec. M. Trump a avancé des «divisions» au sein du pouvoir à Téhéran pour expliquer l’ajournement sine die d’un second round qui avait été prévu cette semaine. En réponse, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf et le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei ont donné jeudi un gage d’unité, évoquant sur leurs réseaux sociaux «un Dieu, une nation, un dirigeant, un seul chemin». Alors que le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei n’est pas apparu publiquement depuis qu’il a succédé à son père Ali Khamenei -- tué aux premières heures de la guerre -- le New York Times a affirmé jeudi, citant des responsables iraniens sous couvert d’anonymat, qu’il avait été «grièvement blessé», notamment brûlé au visage, mais restait «vif d’esprit et actif». Les bureaux de l’AFP à Washington, Beyrouth, Jérusalem et Téhéran © Agence France-Presse