La France doit se préparer à une longue rigueur
Ce sont finalement 12 milliards d’euros d’efforts fiscaux supplémentaires d’ici fin 2012 qui ont été annoncés hier par le premier ministre François Fillon pour compenser la détérioration, actée par le gouvernement, des perspectives de croissance de l’économie française. «83 % de ce plan portent sur les entreprises, les détenteurs de patrimoine et les ménages aux revenus très élevés», a souligné le premier ministre sur TF1. Ces mesures doivent rapporter un milliard d’euros cette année et 11 milliards l’an prochain.
Une annulation de 500 millions d’euros de crédits en 2011 a également été décidée pour compenser des dépenses exceptionnelles déjà engagées. Symboliquement forte, l’instauration d’une contribution exceptionnelle sur les très hauts revenus (supérieurs à 500.000 euros de revenu fiscal de référence), qui sera maintenue jusqu’en 2013, ne rapportera que 200 millions d’euros l’an prochain, soit moins de 1,7% du total.
Elle sera complétée par une hausse des prélèvements sociaux sur les revenus du capital qui devrait faire entrer dans les caisses 1,5 milliard. La réduction d’un abattement dérogatoire sur les plus-values immobilières et la suppression d’une exonération partielle de taxe sur certains contrats d’assurance représenteront 3,6 milliards. Du côté des entreprises, la limitation des reports de déficits et l’intégration des heures supplémentaires dans le calcul des allégements de charges généreront au total 2,6 milliards de recettes. La hausse des taxes sur le tabac, les alcools forts et les sodas devrait enfin rapporter plus d’un milliard.
Par «réalisme», le premier ministre a abaissé d’un quart de point, à 1,75%, la prévision officielle de croissance pour cette année, et d’un demi-point, soit à 1,75% également, celle de 2012. L’objectif de déficit public à l’horizon 2012 a été ramené à 4,5% du PIB au lieu de 4,6% auparavant, celui de 5,7% prévu pour 2011 restant inchangé. La France s’est engagée ensuite à abaisser le déficit à 3% en 2013 et à 2% en 2014.
Ces mesures ne devraient pourtant pas suffire à réduire la dette publique française qui dépasse 1.650 milliards d’euros. Paris prévoit pour l’instant que le ratio dette/PIB augmentera à 85,4% fin 2011 et culminera à 86,9% fin 2012 pour retomber à 86,4% fin 2013 et 84,8% fin 2014. «Pour faire refluer le ratio d’endettement, il faut grosso modo ramener le budget à l'équilibre», ce qui sera «douloureux», juge Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas. La Cour des comptes avait souligné fin juin que les prévisions gouvernementales pour 2013 et 2014, non modifiées hier, se fondaient de façon optimiste sur une croissance de 2,5% et une forte hausse des prélèvements obligatoires.
Le gouvernement issu des prochaines élections sera donc certainement obligé d’adopter d’autres mesures pour ne pas perdre la confiance de ses prêteurs. «Il y a beaucoup de mesures de modernisation de notre pays, de notre économie, qui doivent être poursuivies, mais ce sera le débat de la campagne présidentielle de 2012», a d’ailleurs déclaré François Fillon, en renouvelant l’engagement de trouver au moins 3 milliards d’euros de recettes nouvelles en 2013. Ceci occasionnera un «coup de rabot» de 10% sur l’ensemble des niches fiscales, en plus de celui figurant dans le budget cette année. La France s’engage donc sur un long chemin pour parvenir à restaurer ses finances publiques.
Plus d'articles du même thème
-
GoldenTree boucle son 30e CLO de dette US, à 726 millions de dollars
Comptant parmi les plus importants gérants indépendants de dette, la firme new-yorkaise a bouclé son trentième véhicule adossé à des prêts à des entreprises américaines. -
TotalEnergies doit inclure les émissions de scope 3 dans son plan de vigilance
Le tribunal judiciaire de Paris donne six mois au pétrolier pour compléter sa cartographie des risques et y inclure les mesures nécessaires. Retour devant le juge le 21 janvier 2027 pour un contrôle. -
Safran discute d'une offre de 2,2 milliards d'euros sur Exail Technologies
L'équipementier aéronautique négocie avec la famille Gorgé un rachat de son bloc de 41 % du capital du spécialiste des drones sous-marins au prix de 128,50 euros par action. Une telle reprise entraînerait une OPA sur le pensionnaire du SBF 120. -
Un consortium mené par Permira et Warburg Pincus boucle le rachat de Clearwater Analytics
La société de services et de technologies aux gestionnaires d'actifs a été rachetée pour 8,4 milliards de dollars -
L'Agefi alpha - juin 2026
Chaque fin de mois, avec l’objectivité et l’expertise qui caractérisent ses journalistes, L’Agefi alpha vous propose des enquêtes fouillées et décortique des innovations technologiques ou financières. Il ouvre une fenêtre sur un marché à l’international, les asset managers ayant depuis longtemps traversé les frontières, et met en valeur les femmes et les hommes qui font la richesse de cette industrie et la force de la place financière française. -
EXCLUSIFTwenty First Capital négocie la reprise des fonds de Xerys Invest
Xerys Invest, société de gestion française qui, entre 2009 et 2026, a levé 400 millions d'euros grâce à la participation de 2.600 investisseurs privés, a été placée en liquidation le 30 mars. Enquête sur les circonstances de cette chute.
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- Amundi dévoile sa stratégie pour devenir un géant d'Asie
- Mubadala Capital veut s’offrir Pierre & Vacances sous conditions très strictes
- Generali Investments renforce ses forces commerciales en France
- Sycomore atteint les 10 milliards d’euros d’encours
Contenu de nos partenaires
-
CoincésComment les Néerlandais, et les Européens en général, restent dépendants des Etats-Unis face à la Chine
Tout en critiquant le projet de loi américain qui interdirait aux fabricants chinois de puces électroniques d’accéder aux équipements occidentaux, La Haye vient d'adhérer à la « Pax Silica », l’initiative menée par Washington visant à exclure la Chine des chaînes d’approvisionnement en puces d’IA -
Canicule : Solidays annulé, la Marche des fiertés reportée sur demande du préfet de police
Face à des températures frôlant les 40 degrés à Paris ce week-end, le préfet de police Patrice Faure a contraint les organisateurs de Solidays et de la Marche des fiertés à annuler ou reporter leurs événements, sous peine d'interdiction par arrêté -
Seine colère« Emmanuel Grégoire se trouva fort dépourvu quand la canicule fut venue »
On assiste depuis une semaine à un naufrage dans les écoles parisiennes. Elles n’ont pu garder les enfants l’après-midi parce qu’il faisait 35 degrés dans les salles de classe, parfois davantage. Certes, beaucoup d’établissements scolaires en France connaissent pareille déconvenue durant cette canicule. Mais on n’imaginait pas qu’à Paris, après 25 ans de gestion socialo-écologiste, nous en serions à ce degré d’imprévoyance, d’impréparation et d’improvisation.