La finance française prend position dans le débat sur les matières premières
Ces derniers jours, le débat sur la volatilité des prix des matières premières a tourné à l’aigre. La faute à Paris, qui s’est vertement opposé à Bruxelles au sujet d’un rapport concluant à l’absence d’influence des marchés dérivés sur les prix des marchés physiques. Ayant mis ce point à l’ordre de sa présidence du G20, la France espérait un soutien de la Commission européenne. Laquelle a finalement renoncé à publier ce rapport.
Détail piquant: le conseil d’analyse stratégique, rattaché à Matignon, a publié début janvier deux notes qui arrivaient peu ou prou aux mêmes conclusions que Bruxelles. Hier, Michel Barnier s’est plutôt rangé du côté de Paris. «Je suis convaincu du lien entre marchés financiers et marchés physiques, qu’il y a une spéculation qui accroît la volatilité. Je n’ai pas attendu des preuves pour agir», a indiqué le commissaire aux Services financiers, en plaidant pour des limites de positions sur les dérivés agricoles. La France va aussi proposer au G20 une distinction entre opérateurs commerciaux ou non commerciaux.
C’est dans ce contexte que l’Amafi, l’Association française des marchés financiers, verse sa contribution au débat dans un rapport. Au nom des acteurs des dérivés de matières premières en France, elle juge «une régulation indispensable». «Les actions qui doivent certainement être menées le plus immédiatement sont celles qui permettront aux régulateurs d’acquérir une visibilité suffisante en termes d’opérations réalisées, y compris en gré à gré, et des acteurs qui opèrent sur les marchés», relève l’Amafi.
L’association présente plusieurs pistes à mettre en œuvre sous l’égide du Conseil de stabilité financière. Une liste de matières premières essentielles, adossées à un marché dérivé développé, serait établie. Avec pour chacune un organisme chargé au niveau mondial de centraliser et diffuser les informations des marchés physiques, nécessaires au bon fonctionnement des dérivés. Pour éviter les arbitrages réglementaires, l’Amafi préconise aussi de considérer les forwards comme des dérivés (à l’image des futures, options et swaps). Elle propose de généraliser au niveau mondial la classification des intervenants de la CFTC américaine.
Il faudrait aussi «donner au régulateur la capacité d’utiliser des mécanismes de limites de position en cas de besoin». L’association réclame enfin une analyse précise de l’influence des ETF et ETP.
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