Ben Bernanke a préparé le terrain à un infléchissement de la politique monétaire américaine
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Antoine Duroyon
Ben Bernanke. Photo: Andrew Harrer/Bloomberg
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Pour sa dixième conférence de presse, Ben Bernanke (photo) était attendu de pied ferme par les investisseurs. Au cours de cet exercice d’une heure, le président de la Fed leur a livré la première ébauche d’une éventuelle sortie du troisième round d’assouplissement quantitatif (QE3) : un ralentissement du programme vers la fin de l’année puis son arrêt complet autour de la mi-2014 «si les prévisions économiques se vérifient». Pour la première fois, Ben Bernanke a également déclaré que le QE3 pourrait cesser si le taux de chômage tombe sous les 7% Il s’établissait à 7,6% en mai.
Le président de la Fed a cependant assuré qu’il ne s’agissait pas d’un changement de politique mais juste d’une «clarification». A plusieurs reprises, Ben Bernanke a par ailleurs souligné que l’institut s’adapterait à l’évolution de la situation. «Notre politique n’est en aucune manière prédéterminée et dépendra des données reçues et des prévisions», a-t-il insisté.
A l’issue d’une réunion de deux jours, le Comité de politique monétaire (FOMC) a maintenu son dispositif en l’état : un programme d’achat d’actifs de 85 milliards de dollars par mois et la promesse d’un maintien des taux directeurs à un niveau proche de zéro tant que le taux de chômage ne descendra pas sous 6,5%, et à condition que les anticipations d’inflation à un et deux ans restent sous 2,5%.
Ben Bernanke a néanmoins souligné que ce seuil était un indicateur permettant d’envisager une hausse des taux mais ne constituait pas un déclencheur automatique. Dans une mise à jour de leurs prévisions économiques, quatorze des dix-neuf membres du FOMC considèrent qu’il ne serait pas approprié de relever les taux avant 2015.
Le communiqué du FOMC pointe des risques baissiers pour l’économie dans son ensemble et le marché du travail depuis l’automne. Les membres du Comité anticipent désormais un taux de chômage de 7,2% à 7,3% pour 2013, contre une fourchette de 7,3% à 7,5% dans leurs prévisions de mars. Et ils s’attendent donc à ce qu’il tombe entre 6,5% et 6,8% l’année prochaine. Du côté des prévisions de croissance, celle de 2013 a été légèrement révisée à la baisse (à +2,45%) mais celle de 2014 a été relevée (à +3,25%) nettement au-delà des attentes du marché.
Au cours de leur réunion, les responsables de la politique monétaire ont activement discuté d’une stratégie de sortie du QE3. Ils ont décidé de ne pas céder les titres adossés à des créances hypothécaires durant la phase de normalisation, ce qui permettra de continuer à apporter un stimulus.
Une fois de plus, la décision n’a pas été unanime, avec un faucon et une colombe. Le président de la Fed de St. Louis, James Bullard, a jugé que le Comité «devrait exprimer plus fortement sa volonté de défendre son objectif d’inflation à la lumière des faibles mesures récentes». Quant à sa collègue de la Fed de Kansas City, Esther George, elle a rappelé que le maintien des taux proches de zéro risquait de créer des «déséquilibres économiques et financiers».
Les commentaires de Ben Bernanke ont secoué les marchés actions. Le Dow Jones a cédé 1,35%, tandis que le S&P 500, plus large, a abandonné 1,38%. Sur le marché obligataire, le rendement de l’emprunt d’Etat américain à dix ans a grimpé de 11,5 points de base pour atteindre 2,33%, son plus haut niveau depuis mars 2012. Du côté des devises, le dollar a progressé face à ses rivales. Et les marchés actions asiatiques ont entamé la séance en baisse ce matin.
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