La Fed accentue le mouvement de repli des devises émergentes
La Fed joue les pompiers pyromanes. En souhaitant revenir à une politique monétaire plus standardisée avec l’amélioration progressive des conditions économiques aux Etats-Unis, la Réserve fédérale américaine a allumé un incendie dans les pays émergents, qui voient la valeur de leurs monnaies respectives se déprécier à un rythme violent. Et les minutes de la dernière réunion du FOMC n’ont pas calmé ces tensions, au contraire.
A la frontière de l’Europe, la lire turque chutait ainsi à 1,99 hier soir contre dollar, et accuse une dépréciation de 12% depuis mai. En Amérique Latine, la chute du real est également vertigineuse. Il a perdu 20% de sa valeur contre dollar depuis le début de l’année et 23% depuis mai, pour tomber hier à son plus bas niveau depuis décembre 2008. En Asie, la roupie indienne ne cesse de battre ses records de faiblesse. Elle est tombée mercredi soir à une parité record de 65, et s’est dépréciée de 20% depuis mai.
Le mouvement a commencé le 22 mai dernier lors de la première évocation par Ben Bernanke d’un prochain ralentissement suivi de l’arrêt de la politique de rachats d’actifs mise en place par la Fed. Depuis début juin, les investisseurs particuliers ont retiré 18,1 milliards de dollars des fonds obligataires investis dans les pays émergents, soit un tiers du montant total investi depuis la crise financière, selon EPFR Global. Les investisseurs institutionnels ont eux retiré 9,3 milliards, soit 10% des actifs investis depuis la crise. «Les sorties de capitaux (des pays émergents) que nous constatons commencent vraiment à devenir impressionnantes», estime Andrew Milligan, responsable de la stratégie chez Standard Life Investments.
Morgan Stanley estime que, depuis début mai, les banques centrales des pays émergents (hors Chine) ont perdu quelque 81 milliards de dollars de réserves d’urgence par l’effet cumulé des fuites de capitaux et des interventions sur le marché des changes. Un montant qui représente 2% de l’ensemble des réserves totales des banques centrales de ces pays. Parmi eux, l’Indonésie a ainsi perdu 13,6% de ses réserves, alors que 12,7% des réserves turques ont été consommées, 10% des réserves ukrainiennes et 5,5% des réserves indiennes entre la fin du mois d’avril dernier et fin juillet. Une situation qui pèse sur la croissance, Citigroup ayant abaissé ses prévisions de hausse du PIB des pays émergents à 4,6% cette année et 5% en 2014.
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