L’Espagne bascule en déflation. L’indice des prix en zone euro s'éloigne de l’objectif de la BCE
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Alexandre Garabedian
Une violente désinflation à l’œuvre dans la région. Illustration L'Agefi.
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Mercredi 30 octobre 2013, l’Espagne est officiellement sortie de neuf trimestres de récession, en affichant une croissance du PIB de 0,1% au troisième trimestre. Le même jour, Madrid a publié sa première inflation négative (-0,1% sur un an, indice CPI) depuis 2009. La sortie ce matin de l’indice harmonisé (HICP) en zone euro, attendu à 1,1% par le consensus des économistes, témoignera de la violente désinflation à l’œuvre dans la région. Dans les pays d’Europe du Sud, la déflation est même à l’ordre du jour.
Le relèvement de la TVA en septembre 2012 en Espagne avait gonflé les statistiques, comme cela devrait le faire pour l’Italie cet automne, mais cet effet de base a disparu en octobre. L’indice HICP espagnol, encore en progression de 0,1% sur un an, est très en-deçà du consensus des économistes, qui l’attendaient à 0,4%. «Parmi les quatre grands pays de la zone euro, les forces désinflationnistes devaient être les plus fortes en Espagne. Les chiffres montrent que cette tendance se matérialise plus tôt que nous ne l’attendions», notent les économistes de BNP Paribas. Hier, même l’Allemagne a surpris avec une inflation harmonisée pour octobre en recul de 0,3 point à 1,3% sur un an, mais ce ralentissement reflèterait avant tout le recul des prix de l’énergie et des biens alimentaires.
La baisse de l’indice des prix en Espagne se conjugue à la réduction massive des bilans bancaires, à la correction des prix d’autres actifs comme l’immobilier, et à la baisse des salaires réels mais aussi, depuis peu, des salaires nominaux. Le glissement de la désinflation vers la déflation – un déclin du niveau de prix dans l’économie à la fois persistant, large, et ancré dans les anticipations – est enclenché. Le pays peut en attendre une amélioration des salaires réels ainsi que de sa compétitivité-prix vis-à-vis des autres pays de la zone euro. Mais avec des taux d’intérêt réels à plus de 4% et une croissance nulle, l’endettement public, déjà attendu à plus de 100% du PIB en 2015, est voué à faire boule de neige.
«Une désinflation rapide soutient la demande à court terme (consommation), à moyen terme (commerce extérieur), mais dans un pays où les taux d’endettement sont élevés, cet effet peut être dominé d’une part par la perte de solvabilité des emprunteurs et le risque induit de crise financière, d’autre part par le recul de l’investissement donc de l’offre de biens», résume Patrick Artus, chez Natixis.
Le phénomène pose aussi un problème de plus en plus criant à la BCE, qui remettra à jour en décembre sa prévision d’inflation pour 2014, aujourd’hui fixée à 1,3%. «Elle pourrait la réviser d’un ou deux dixièmes à la baisse», estimait hier Greg Fuzesi, économiste de JPMorgan. La banque centrale resterait très loin de sa définition de la stabilité des prix, soit une inflation en dessous mais proche de 2%. «Pourquoi un tel écart est toléré ? La question focalisera l’attention», poursuit Greg Fuzesi.
La hausse de l’euro face aux autres devises, qui s’est accentuée depuis mi-septembre, ajoute au problème puisqu’elle contribue à importer de la désinflation. Le président de la BCE Mario Draghi avait d’ailleurs cité en début d’année la vigueur de la devise au rang des risques baissiers pour la stabilité des prix. «Tout cela accroît la probabilité que la force de l’euro soit pointée du doigt comme un sujet d’attention lors de la prochaine conférence de presse de la BCE le 7 novembre», selon Robert Lynch, stratégiste chez HSBC.
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