La Chine réoriente sa politique monétaire

Elle s’appuiera davantage sur des outils basés sur le prix, tels que les taux d’intérêt ou de change, plutôt que sur des mécanismes quantitatifs
Antoine Duroyon

L’heure est au changement du côté de la banque centrale chinoise (PBOC). Le plan détaillé des réformes financière à venir jusqu’en 2015, publié lundi, souligne la volonté de Pékin d’opérer un recentrage de sa politique monétaire. «Nous renforcerons graduellement le rôle des leviers du prix, tels que les taux d’intérêt ou les taux de change, dans la politique monétaire, de manière à ce qu’elle soit dominée par les contrôles du prix plutôt que par des contrôles quantitatifs», soutient le document de 47 pages.

Pour bon nombre d’acteurs du marché, Pékin semble avoir donné la priorité à des opérations sur le marché monétaire (OMOs) au détriment des réserves obligatoires des banques. La PBOC a notamment engagé depuis mai des opérations de «reverse repo» (achat suivi de revente) afin de guider les anticipations de taux. Un signe de maturité dans le contrôle des flux de liquidité dans le système financier, qui la rapproche de la Réserve fédérale américaine ou d’autres banques centrales.

De même, la banque centrale chinoise entend faire du Shanghai Interbank Offered Rate (Shibor) un benchmark dans le cadre de sa politique monétaire. Frances Cheung, stratège chez Crédit Agricole CIB, doute toutefois d’une relation nette entre Shibor en tant que benchmark et libéralisation du taux d’intérêt. En ce qui concerne le yuan, le discours de la PBOC ne varie pas : poursuite de la réforme des mécanismes de formation du yuan et promotion de la convertibilité de la devise au compte de capital. Ces objectifs ne sont toutefois pas assortis d’un calendrier spécifique, signe que ces réformes devraient encore prendre du temps.

Autre passage remarqué du document, le financement social - une mesure de l’offre de crédit dans le système - devra provenir à hauteur de 15% d’ici 2015 directement de sociétés non financières. Cet appel au financement par l'émission d’obligations ou d’actions «soutient la thèse selon laquelle la PBOC pourrait être réticente à abaisser les ratios de réserves obligatoires dans le cycle actuel, afin d'éviter d’encourager davantage de prêts bancaires», note Frances Cheung. Dans ces conditions, le marché obligataire chinois pourrait voir son développement prendre rapidement de l’ampleur.

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