La Chine présente le yuan comme l’un des outils de lutte contre l’inflation
Pour Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la la Banque centrale de Chine (PBOC), l’heure n’est pas au relâchement. Alors que la banque centrale a relevé pour la septième fois depuis octobre le ratio de réserves obligatoires des banques, pour le porter à 20,5%, il a expliqué samedi que cette phase de resserrement était appelée à se poursuivre. Il faut dire que les derniers chiffres de l’inflation montrent une économie chinoise au bord de la surchauffe. Sous l’effet de la hausse des cours des matières premières et de l’abondance de liquidités, l’inflation s’est encore accélérée pour atteindre sur un an 5,4% le mois dernier, un rythme sans précédent depuis juillet 2008.
Depuis l’automne, la banque centrale ne ménage pas ses efforts pour prévenir l’emballement de son économie, qui a enregistré une croissance de 9,7% au premier trimestre, au-delà du consensus établi par Bloomberg. Elle a revu quatre fois à la hausse le loyer de l’argent tout en lançant des mesures de contrôle des prix sur certaines matières premières et en combattant la spéculation foncière. Preuve que la situation est jugée sérieuse, la Chine fait également évoluer son discours sur le rôle du yuan.
Cité par le Financial Times, le Premier ministre Wen Jiabao a déclaré la semaine dernière dans un discours devant le Conseil d’Etat que Pékin, parmi d’autres mesures, «améliorerait encore davantage le mécanisme du taux de change du yuan et renforcerait sa flexibilité afin d'éliminer les conditions monétaires inflationnistes». Selon les observateurs, c’est la première fois que le dirigeant chinois cite expressément la devise nationale comme un outil de lutte contre l’inflation.
Par ailleurs, le gouverneur délégué de la PBOC, Yi Gang, a estimé ce week-end que le yuan était tout près d'être «librement utilisable», ce qui lui permettrait d'être intégré au panier de monnaies sur lesquelles reposent les droits de tirage spéciaux (DTS). Il a souligné qu’une devise «librement utilisable» n'était pas nécessairement «librement convertible». «La Chine respectera les règles actuelles du FMI», et l’intégration du yuan dans le panier de devises devrait se faire «naturellemement», a affirmé Yi Gang. Le comité monétaire et financier international du conseil des gouverneurs du FMI a d’ailleurs plaidé pour que soit poursuivi ce chantier de l'élargissement du DTS.
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Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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