La BoJ accentue la baisse des taux en Europe
Le lancement par la Banque centrale du Japon (BoJ) d’une politique très agressive profite aux Etats de la zone euro. La baisse anticipée des rendements japonais et celle du yen face aux autres devises mondiales se répercutent sur les taux souverains, notamment ceux de la France. Ces niveaux très bas de rendements pourraient durer alors que les incertitudes sur la zone euro soutiennent les valeurs refuges et que la Banque centrale européenne pourrait baisser son taux de refinancement prochainement.
Hier soir, les taux souverains allemands à 10 ans s’élevaient à seulement à 1,22%. Il faut remonter au 20 juillet 2012 pour retrouver des rendements si faibles (1,16%). Les taux français ont touché de leur côté un point historiquement bas à 1,7% (-28 pb sur une semaine) et l’écart de taux avec l’Allemagne s’est resserré à 51 pb contre 75 pb au tout début du mois d’avril. Même les dettes de l’Italie et de l’Espagne se sont détendues de -42 et -32 pb en une semaine.
L’annonce de la BoJ a contribué à ce mouvement. Son programme de rachats de titres bien plus important que prévu, à 7.000 milliards de yens en rythme mensuel contre 3.400 milliards de yens en moyenne au cours des trois premiers mois de l’année. La perspective de baisse des rendements des actifs japonais et celle d’un affaiblissement du yen devrait encourager les investisseurs domestiques à se tourner vers les titres en euro. Depuis l’annonce de la BoJ, l’euro s’est apprécié de 7,6% face au yen à 128,66. «Il ne semble pas qu’il y ait aujourd’hui encore de mouvements massifs des investisseurs japonais vers des actifs en euros mais il y a probablement des hedge funds et des fonds de performance absolue américains et européens qui en anticipation de ces mouvement ont commencé à investir dans des titres d’Etat euro», avance Iain Bremner, directeur de la gestion taux, euro et crédit à La Banque Postale Asset Management.
Pour plusieurs spécialistes, la politique de la BoJ ne peut cependant pas tout expliquer: la baisse des rendements européens était amorcée avant ces annonces surprises : «Il y a peut-être un certain nombre de fonds et d’investisseurs institutionnels qui étaient plutôt sous-investis vu les niveaux de taux absolus et des inquiétudes sur certains pays et qui ont dû couvrir leur exposition short qui étaient devenues trop perdantes», avance Iain Bremner.
Selon René Defossez, stratégiste chez Natixis, le rôle de la BoJ est assez négligeable : «le Bund continue de jouer à plein son rôle de valeur refuge car vous avez toujours une situation extrêmement compliquée pour la zone euro». Cette situation profite aux titres français qui, bien que moins bien notés (AA+), sont considérés comme sûrs, offrent une bonne liquidité et surtout des rendements supérieurs. Elle bénéficie aussi aux titres de pays assez bien notés comme la Belgique (AA) et l’Autriche (AA+): leurs taux se sont resserrés de respectivement 27 et 19 pb sur une semaine.
«On sent que le taux du Bund sature un peu. Globalement, les taux des pays comme la France, la Belgique, l’Autriche, voire l’Italie ou l’Espagne devraient continuer à baisser, même s’il pourrait y avoir quelques respirations dans le rally», explique Eric Bertrand, directeur des gestions taux et crédit chez CPR AM. «La situation aujourd’hui est toujours celle d’une surabondance de liquidité qui a du mal à se placer», fait valoir Iain Bremner.
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