La BCE souffle le chaud et le froid sur la ligne d’urgence des banques grecques
Alors que la Grèce et ses partenaires ont encore échoué à s’accorder sur la poursuite du plan d’aide au pays, la Banque centrale européenne tient toujours dans ses mains le sort des banques grecques. La BCE doit passer formellement en revue demain, comme toutes les deux semaines, la ligne de liquidité d’urgence (ELA) dont la Banque de Grèce fait bénéficier les prêteurs locaux. Un dispositif dont le plafond a été relevé la semaine dernière de 5 milliards d’euros, à 65 milliards.
Les banques grecques sont contraintes depuis le 11 février d’utiliser massivement l’ELA, la BCE n’acceptant plus en garantie à son guichet les emprunts d’Etat du pays. L’ELA «ne peut qu'être que temporaire et ne peut qu'être donnée aux banques solvables», a déclaré hier Peter Praet, l’économiste en chef de la BCE, au quotidien portugais Jornal de Negocios. «Quand il y a une crise systémique, on peut avoir besoin de flexibilité en termes de durée», a-t-il nuancé.
La Banque centrale européenne, à la majorité des deux tiers des gouverneurs, peut décider de suspendre le dispositif. En pratique, cela équivaudrait à précipiter la faillite des banques grecques, une décision politique trop lourde pour être prise par la BCE seule. Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs, a aussi rappelé la semaine dernière que l’absence d’accord avec Athènes sur un programme d’aide ne couperait pas automatiquement la ligne d’urgence.
Mais la BCE n’a pas hésité par le passé à faire usage de sa dissuasion: face à Chypre, en 2013, pour forcer l’île à accepter en quelques jours un plan de sauvetage, ou avec Dublin, alors que les banques irlandaises utilisaient l’ELA depuis plusieurs mois.
Dans le cas grec, la BCE a d’autres arguments en sa faveur. Si Athènes refusait de rembourser ses dettes, les banques grecques subiraient des pertes et risqueraient d’être insolvables, un cas qui ne les rend donc plus éligibles à l’ELA. Le temps joue aussi contre les établissements de crédit, même s’ils disposent d’un peu de marge.
Selon JPMorgan, les banques grecques peuvent emprunter au mieux 108 milliards d’euros auprès des banques centrales, compte tenu du collatéral dont elles disposent. Elles l’auraient déjà fait à hauteur de 80 milliards, mais la fuite des dépôts augmente leurs besoins de liquidité banque centrale. En estimant à 2 milliards les retraits hebdomadaires de dépôts, «les banques grecques auront encore 14 semaines avant de se retrouver à court de collatéral», note JPMorgan.
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