La BCE place les Etats européens devant leurs responsabilités

L’efficacité d’un QE sur la croissance en zone euro est jugée plus limitée qu’aux Etats-Unis compte tenu des canaux de transmission à l'économie.
Alexandre Garabedian

Je suis totalement en faveur d’un QE européen, mais ce serait une erreur d’en faire une panacée. Il y a toutes les raisons de penser qu’un QE aura moins d’impact en Europe». Larry Summers, l’ex-secrétaire d’Etat au Trésor américain, a bien résumé mercredi à Davos le sentiment général. Si un programme d’assouplissement quantitatif est jugé nécessaire en zone euro pour contrer la déflation, rien ne dit qu’il sera suffisant.

«Sans réformes ni soutien budgétaire, le QE risque d’engendrer une forte hausse des prises de risque financier, et peut gonfler les anticipations d’inflation, mais pas la croissance de long terme», estime Alberto Gallo, stratégiste de RBS. Hier, Mario Draghi, n’a pas dit autre chose en exhortant une nouvelle fois les gouvernements et la Commission européenne à faire leur travail. «La politique monétaire peut créer la base pour la croissance. Mais pour que la croissance décolle, il faut de l’investissement, donc de la confiance, donc des réformes structurelles», a indiqué le président de la BCE, en soulignant que «la consolidation budgétaire doit être favorable à la croissance».

Si le premier QE de la Fed fin 2010 a permis aux Etats-Unis d’éviter la déflation, les canaux de transmission de la politique monétaire à l’économie y semblaient beaucoup plus efficaces qu’en zone euro aujourd’hui. Ces canaux sont de plusieurs ordres: la dépréciation de la devise, qui favorise les exportations, le crédit, facilité par les taux d’intérêt bas, l’effet richesse des ménages dû à la hausse du prix des actifs financiers, ou encore les effets de portefeuille qui poussent les investisseurs à sortir des dettes souveraines au bénéfice des actifs à risque. Mario Draghi a aussi insisté sur la remontée attendue des anticipations d’inflation grâce au QE, ce qui permettrait de baisser les taux d’intérêt réels avec une politique de taux nominaux à zéro.

«Aux Etats-Unis, les canaux de transmission de l’effet richesse et du crédit étaient actifs, parce que les consommateurs avaient des emplois et que 80% du financement se fait par le marché obligataire. En outre, la politique budgétaire (un déficit de 12%) était beaucoup plus accommodante», souligne Alberto Gallo. En zone euro, le taux de chômage est très supérieur, le crédit distribué par des banques qui doivent encore muscler leur capital, les économies sont moins flexibles et les politiques budgétaires plus restrictives. Quant aux taux, ils se sont déjà largement resserrés.

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