La BCE ne peut mener de front un QE et la revue des actifs bancaires
La probabilité est faible de voir la banque centrale engager un programme d’achats fermes d’actifs d’ici à la publication des résultats des stress tests
Publié le
S. Broyer, A. Lemangnen, Natixis
Dans le cadre du premier pilier de l’Union bancaire, la Banque centrale européenne a opté pour une forme de subordination de sa nouvelle fonction de supervision bancaire à celle de la conduite traditionnelle de la politique monétaire. Le travail du nouveau Conseil de surveillance sera certes totalement indépendant de celui du Conseil des gouverneurs, mais ce dernier reste l’arbitre en dernier ressort des décisions en matière de supervision. A l’inverse, le premier ne dispose d’aucun droit de regard sur les décisions du second.
Cette organisation diminue certes le risque de conflit d’objectifs, mais laisse au Conseil des gouverneurs la responsabilité d’assurer une supervision crédible. Il n’est pas à exclure que la BCE se soucie du risque de réputation induit par ses nouvelles missions de supervision dans sa conduite de la politique monétaire. Et à moins qu’un choc majeur n’affecte l’économie européenne, l’évaluation des bilans bancaires (AQR et stress tests) réduit la probabilité de voir la BCE conduire parallèlement un programme d’achats fermes d’actifs.
La BCE ne deviendra superviseur qu’en novembre 2014. Elle a entamé en novembre 2013 une évaluation complète des bilans des 128 banques de son périmètre, dont les résultats seront publiés fin octobre 2014. La finalité de l’exercice est de faire la lumière sur la santé du système et de régler la situation des banques problématiques – dit autrement, rétablir la confiance des investisseurs dans le secteur et réparer les canaux de transmission de la politique monétaire. De la crédibilité de l’exercice dépendra celle de la BCE en tant que nouveau superviseur et de l’Union bancaire dans son ensemble. Pour ne pas reproduire l’échec du test de 2011, la BCE mettra certainement tout en œuvre pour assurer une conduite optimale de l’exercice.
L’évaluation des bilans implique le stress de nombreuses classes d’actifs, allant des créances sur ménages et entreprises jusqu’aux actifs de niveau 3, en passant par les expositions souveraines. Il pourrait dès lors sembler contradictoire, même si la BCE conduit son évaluation sur la base des bilans au 31 décembre 2013, qu’elle achète dans le cadre de sa politique monétaire des actifs privés ou publics qu’elle stresse dans le cadre de ses futures fonctions de supervision. Le risque serait de rendre les résultats de l’évaluation des bilans caducs, l’état des lieux révélé par l’AQR et le stress test ressortant profondément altéré par le programme d’achats.
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