La Banque nationale suisse prend ses pertes sur ses réserves en devises

La défense du peg contraignait la BNS à accumuler toujours plus d’euros au risque de pertes futures. La dévaluation de son portefeuille reste énorme.
Alexandre Garabedian

Quelle mouche a piqué la Banque nationale suisse pour la forcer à abandonner par surprise le plancher du franc face à l’euro le 15 janvier ? Sans doute la prise de conscience que la défense de ce taux plancher à 1,20 devenait insupportable financièrement, estiment la plupart des économistes. «Le plancher devenait trop dur à tenir: la BNS ne veut pas se lancer dans ce qui pourrait constituer d’énormes interventions sur les changes et accumuler des réserves toujours plus importantes, surtout au vu de la probabilité que la BCE lance un assouplissement quantitatif», résume Michael Saunders, économiste chez Citigroup.

Entre fin 2010 et novembre 2014, les réserves de change de la banque centrale suisse sont passées de 204 à 476 milliards de francs, libellées à 45% en euros et 29% en dollars. Pour empêcher sa devise de s’apprécier, «la BNS a sans doute été forcée d’acheter des emprunts d’Etat de la zone euro à longue échéance, qui présentaient des perspectives de plus en plus détériorées avec des rendements en baisse et une qualité de crédit dégradée par rapport au Bund», souligne Sébastien Galy, stratégiste chez SG CIB.

Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC, évoque même un système de «currency board» où l’émission de la devise nationale dépend de l’évolution de la devise de référence, ici l’euro. «Avec un énorme bilan en euros, la banque centrale suisse risquait de perdre de fait son autonomie monétaire et de dépendre de la politique de la BCE», estime-t-il.

«Devant la très forte probabilité d’un QE de la BCE et des taux d’intérêt potentiellement négatifs, la banque centrale aurait dû faire face à des pertes croissantes dans son compte de résultat», ajoute Sébastien Galy. «La BNS a choisi de prendre ses pertes dès à présent et non plus tard», corrobore Evelyn Herrmann, économiste chez BNP Paribas. Avec une ampleur qu’elle n’avait peut-être pas anticipée. Depuis l’annonce surprise de jeudi matin, le franc a bondi de 15% face à l’euro et de 17% face au dollar.

Jeudi soir, les stratégistes d’ING estimaient à 75 milliards de francs la perte de la banque centrale liée à la réévaluation de ses réserves de change. Soit autant que ses 73,2 milliards d’euros de provisions et fonds propres, ce qui pourrait obliger les cantons suisses à recapitaliser l’institution. «Mais la réalité est que la BNS aurait pu perdre beaucoup plus en conservant le peg et en étant forcée d’acheter toujours plus d’actifs» en euros voués à se déprécier, note Alberto Gallo, chez RBS.

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