Julius Baer fait les frais de la crispation suisse sur les salaires des patrons
Credit Suisse et UBS, qui tiennent leurs assemblées générales annuelles respectives le 26 avril et le 2 mai, peuvent se faire du souci. Les actionnaires de leur concurrent Julius Baer ont rejeté hier en AG le rapport de rémunération 2012 de la banque privée suisse, à 63,9%. «Le conseil d’administration prendra les mesures appropriées pour obtenir un vote positif à la prochaine assemblée générale», a déclaré le groupe.
Le vote d’hier était simplement consultatif, mais il illustre la crispation croissante des Suisses face aux rémunérations de certains grands patrons. Il s’agit du premier rejet du genre depuis que le pays a approuvé le mois dernier par référendum le principe d’un «say on pay» contraignant sur les rémunérations des administrateurs et des dirigeants de sociétés cotées.
Dans le cas de Julius Baer, les principaux dirigeants se sont vu attribuer au titre de 2012 une rémunération totale de 15,2 millions de francs suisses, en hausse de 17% sur un an. Le directeur général Boris Collardi a obtenu à lui seul 6,67 millions (+13%), dont 800.000 francs de prime exceptionnelle pour l’acquisition l’an dernier des activités de banque privée de Bank of America Merrill Lynch hors des Etats-Unis.
Deux associations suisses d’actionnaires, Actares et Ethos, prônaient le rejet du rapport des rémunérations. Le caractère discrétionnaire de la prime pour la transaction BoA Merrill Lynch, l’absence de plafond aux rémunérations variables, et le fait que la part différée des bonus ne le soit qu’à moins de 3 ans, constituaient autant de pommes de discorde.
L’action Julius Baer, en hausse de près de 13% sur 2013, a affiché un total return négatif de 10% l’an dernier. Les coups de canifs portés au secret bancaire suisse valent au groupe une enquête du département de la Justice américain en compagnie de dix autres banques et le forcent à passer à un modèle de gestion onshore. «Cela conduira sans nul doute à quelques ajustements douloureux», a indiqué hier son président Daniel Sauter.
D’où le rachat des activités de BoA Merrill pour diversifier sa base de revenus. La filiale suisse de la banque américaine (11 milliards de francs sous gestion) a intégré le giron de Julius Baer à Zurich le 1er février. Monaco et le Luxembourg ont suivi le 2 avril. Boris Collardi a précisé hier que 80% des actifs repris pourraient être traités sur la plate-forme de Julius Baer d’ici à fin 2013.
Plus d'articles du même thème
-
KNDS reporte son introduction en Bourse
Le fabricant d’armes franco-allemand met en pause son projet de cotation à Paris et Francfort en raison des conditions de marché. -
Les banquiers centraux ne veulent plus donner d’indications prospectives
Le principal panel du Forum de Sintra 2026 a tout de même été l’occasion pour Christine Lagarde (BCE) comme pour Kevin Warsh (Fed) de reconnaître un recul des anticipations d’inflation depuis leurs dernières réunions monétaires. Sans pour autant faire bouger les anticipations de hausses de taux. -
Un consortium comprenant BlackRock, Visa et Mastercard lance un nouveau stablecoin
Plus de 140 sociétés se sont réunies au sein d'Open Standard, un groupe avec une gouvernance collaborative ayant pour objectif de distribuer un stablecoin en dollar. -
Google est condamné à payer près de 2 milliards de dollars à Klarna
La justice suédoise estime que Google a, pendant de nombreuses années, abusé de sa position dominante sur le marché de la recherche en ligne. Le groupe pourrait faire appel de cette décision. -
La banque verte achète à Worldline ses parts dans leur coentreprise de paiement CAWL
Le partenariat signé en 2024 se poursuit et reste stratégique. Depuis, la banque est aussi devenue un des plus gros actionnaires du spécialiste du paiement avec plus de 10% de son capital. -
Amarris muscle son bilan pour poursuivre la consolidation en s'émancipant des plateformes techs
Moins d'un an après l'entrée de Naxicap Partners à son capital, le groupe mariligérien lève 39 millions d'euros supplémentaires pour poursuivre sa stratégie de croissance externe sur le marché de l'expertise comptable.
ETF à la Une
KBC AM dévoile trois ETF Ucits
- Malakoff Humanis visé par une enquête du PNF sur la sélection de ses gérants
- Amundi dévoile sa stratégie pour devenir un géant d'Asie
- La guerre en Iran relance l’intérêt des obligations indexées sur l’inflation
- Léa Dunand-Chatellet prend la direction générale de Mirova
- La cotation de SpaceX bouscule la gestion passive
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreFrance-Allemagne : retraites, réforme et révolution
La différence avec la France vient surtout de l’existence d’une éthique de la discussion très ancrée, au niveau politique et parlementaire, comme au niveau des partenaires sociaux et des entreprises -
EtalonnageConsensus politique et transition longue : la recette du passage à la retraite à 67 ans en Allemagne
Berlin a acheté la paix en mettant en place un départ anticipé pour carrière longue, dispositif coûteux aujourd'hui remis en cause. -
Vérité d'un côté du Rhin ne l’est pas au-delà
Retraites : le grand fossé franco-allemand
Le chancelier allemand Friedrich Merz dit vouloir appliquer l'intégralité des recommandations de la commission d'experts qu'il a mandatée. Une réforme ambitieuse qui contraste avec le blocage français