Dagong délivrera ses premières notes d’entreprises européennes en septembre
L’agence de notation chinoise veut devenir une alternative à S&P, Moody’s et Fitch mais sera payée par les émetteurs, comme ses concurrentes
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Amélie Laurin
Tout un symbole. Trois semaines après son agrément par l’Esma, Dagong Europe fait le tour des places financières du continent… à l’exception de Londres. Opposée à la suprématie de Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch, l’agence de notation chinoise boude les Anglo-Saxons. Son «roadshow» s’est donc déroulé à Milan, son siège européen, à Francfort, et enfin à Paris hier.
«Nous publierons en septembre nos premières notes sur un groupe de banques européennes», annonce à L’Agefi Mauro Alfonso, directeur général de Dagong Europe et ancien de Fitch, aujourd’hui à la tête d’une équipe de douze personnes. «Les premières notations pourront concerner à la fois des banques et des corporates», avance de son côté Lorenzo Stanca, président adjoint de Dagong Europe et associé de Mandarin Capital Partners. Ce fonds milanais sponsorisé par China Development Bank est actionnaire à 40% de Dagong Europe, les 60% restants étant détenus par Dagong Global, la maison mère.
Tous deux ont investi 5 millions d’euros dans ce projet démarré en 2011, après le refus des Etats-Unis d’agréer Dagong. «L’Europe est dépendante des agences de notation actuelles qui représentent un quasi-monopole, estime Guan Jianzhong, président de Dagong Global. La crise de la dette a prouvé que ce système de quasi-monopole favorise la création de bulles». L’agence chinoise entend donc «corriger le système de notation actuelle» et jouer un rôle «contra-cyclique». Ce discours très politique fait écho aux critiques des autorités européennes envers les «Big 3», accusés d’avoir amplifié la crise de la dette.
Né en 1994 de la restructuration des entreprises d’Etat, Dagong défend aussi les intérêts de la Chine, «une grande créancière et exportatrice de capitaux» qui a «besoin de notations fiables». Son entité européenne a publié sa méthodologie sur son site, où ses notes devraient être aussi en libre accès. Mais comme chez les «Big 3», les émetteurs rémunéreront l’agence, un modèle pourtant soupçonné de conflits d’intérêts.
La notation des souverains restant assurée par les équipes chinoises, Dagong Europe vise à terme 100 institutions financières et 100 corporates. Il espère couvrir au moins 60 émetteurs d’ici à 5 ans et s’arroger 10 % du marché européen. Selon le site de l’Esma, 37 agences de notation sont enregistrées en Europe, 24 en excluant les entités locales des «Big 3». La dernière en date est le français Spread Research, agréé le 1er juillet.
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