Chypre s’isole du reste de la zone euro en imposant un contrôle des capitaux
Les banques chypriotes fermées depuis le 16 mars dernier ont rouvert ce matin. Toutefois, la banque centrale chypriote a, comme prévu, mis en place un strict contrôle des capitaux pour éviter que déposants et investisseurs, échaudés par le plan de restructuration bancaire décidé lundi, ne prennent la clé des champs. Cette décision inquiète les économistes.
Le transfert d’argent à l’étranger ne sera pas autorisé, sauf s’il est attesté qu’il sert à régler des salaires ou des transactions commerciales (les transactions au-dessus de 5.000 euros devront faire l’objet d’une approbation). Les paiements par carte de crédit hors de l’île seront plafonnés à 5.000 euros par mois et par personne. Les chèques ne pourront pas être convertis en cash et les chypriotes ne pourront pas retirer plus de 300 euros par jour dans chaque banque où ils ont un compte.
Ce contrôle semble incontournable alors que la fuite des déposants et investisseurs forcerait la Banque centrale européenne (BCE) à s’exposer davantage à Chypre en venant au secours des banques de l’île. Cela n’empêche pas les économistes de voir d’un mauvais œil cette mesure. Elle a d’ailleurs été acceptée du bout des lèvres par l’Eurogroupe, lundi, qui a insisté pour que le contrôle «soit temporaire, mesuré, et non discriminatoire».
Les stratégistes de Société Générale CIB, estiment ainsi qu’il revient à «une sortie partielle du pays de la zone euro». Dans une tribune du Financial Times, Guntram Wolff, directeur délégué du think-tank européen Bruegel, souligne que «la valeur d’un euro à Chypre n’est plus la même qu’un euro détenu par une autre banque de la zone euro. Un euro à Nicosie ne peut pas être utilisé pour acheter des biens à Francfort sans limite». Hier soir, la parité euro/dollar tombait à 1,27 (contre 1,28 la veille), un plus bas depuis près de cinq mois.
Officiellement, les mesures de contrôle ne sont valables que sept jours mais elles ont de fortes chances d’être reconduites.
«Il nous semble fort probable que les mesures de contrôle des capitaux demeurent effectives plusieurs semaines, voire plusieurs mois», assure Alan Lemangnen, économiste chez Natixis. «Les risques de fuite de dépôts si les contrôles de capitaux sont supprimés ou assouplis nous semblent importants», écrivaient les économistes de Citigroup hier. D’ailleurs, le système de contrôle des capitaux imposé en Islande en 2008 est toujours en place aujourd’hui.
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