Chypre est prise à son tour dans la spirale de la crise souveraine
Le déficit a dérapé en un an de 1,87% à 3,47% du PIB au premier semestre. L’hypothèse d’un soutien européen a poussé les CDS à un record de 707 bp
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Patrick Aussannaire
Chypre est-elle la prochaine victime de la crise de la dette souveraine en zone euro? Selon les données publiées hier, le déficit public s’est aggravé à 3,47% du produit intérieur brut au premier semestre, contre 1,87% un an plus tôt. Ces chiffres ne tiennent pas compte des conséquences de la destruction le 11 juillet dernier de la plus grande centrale électrique de l'île, faisant perdre à Chypre 53% de sa capacité électrique.
Le déficit de ce petit Etat, pesant 0,2% de l'économie de la zone euro, ne représentait que 5,3% du PIB en 2010 pour une dette publique de 60% du PIB. Loin des niveaux de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal. Néanmoins, la très forte dépendance de l'économie chypriote à la Grèce, ainsi que la crise énergétique, ont attisé les inquiétudes des investisseurs.
Moody’s et S&P ont dégradé la semaine dernière la note du pays de deux crans à respectivement «Baa1» et «BBB+», avec perspective négative. Et Chris Pryce, analyste chez Fitch, a confié hier à Reuters qu’après une dégradation de «AA-» à «A-» fin mai, l’agence pourrait, «selon ce qui se passe dans les jours et semaines à venir», procéder à une nouvelle dégradation.
«Nous estimons que le gouvernement chypriote va avoir de la peine à respecter son objectif d’un déficit budgétaire général de moins de 4% du PIB en 2011 et de moins de 2% en 2012», souligne S&P qui prévoit un dérapage de la dette à 80% du PIB fin 2011. Le cœur des inquiétudes concerne l’exposition à la dette grecque. Les actifs des banques chypriotes représentent environ six fois le PIB du pays et près de 40% des prêts consentis par les trois plus gros établissements du pays ont été accordés à des résidents grecs.
S&P a évoqué la nécessité du soutien européen en indiquant qu’une explosion de la dette devrait «réduire la capacité du gouvernement à éventuellement soutenir les banques du pays qui sont vulnérables à une restructuration potentielle de la dette grecque». Et Bank of Cyprus d’estimer hier que le pays «est menacé de façon imminente à rejoindre le mécanisme de soutien de l’Union européenne».
Si le gouvernement s’est montré rassurant en estimant que le pays avait déjà garanti ses besoins de financement jusqu'à la fin de l’année à un taux moins élevé que les rendements du marché secondaire, les CDS chypriotes ont atteint un record à 707 bp, le triple du niveau de janvier, selon les données Markit.
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