Bruxelles prévoit un nouveau dérapage budgétaire français
«Après la sortie de la récession au printemps 2013 et trois trimestres consécutifs de timide reprise, les prévisions tendent vers une augmentation modérée de la croissance», prévient avec prudence la Commission européenne dans les prévisions qu’elle a publiée le 25 février pour la zone euro et l’Union européenne (UE), « Prévisions d’hiver 2014: la reprise gagne du terrain». Bruxelles prévoit que «la reprise économique se poursuivra dans la plupart des États membres et pour l’UE dans son ensemble», mais précise qu’en France, l’exécutif ne sera pas en mesure de tenir ses promesses d’assainissement budgétaire et de décrue du chômage.
L’année 2014 pourrait se solder par une croissance du PIB de 1,2 % en zone euro en 2014 contre une prévision de contre 1,1% début novembre, selon les chiffres de Bruxelles. Pour 2015, l’activité économique devrait connaître une accélération à 2 % dans l’UE et 1,8 % dans la zone eurocontre 1,7% prévu en novembre, indique le document, soulignant l’amélioration des perspectives d’activité. « La mise en oeuvre des mesures adoptées à l'échelle de l’UE et des États membres stimule la confiance ainsi que les conditions financières et favorisent l’ajustement économique nécessaire dans les États membres en améliorant leur potentiel de croissance», poursuit la Commission.
Le rapport évoque également l’inquiétante décélération des prix à la consommation qui devrait prévaloir dans la zone euro en 2014, à hauteur de respectivement 1% et 1,3 % en 2015, contre des prévisions initiales de 1,5% et 1,4%.
Concernant les critères de convergence de Maastricht, la Commission affirme qu’«en 2014, les déficits budgétaires nominaux devraient tomber à 2,7 % du PIB dans l’UE et à 2,6 % dans la zone euro, alors que le ratio dette/PIB atteindrait près de 90 % dans l’UE et 96 % dans la zone euro». Mais la France, avec une croissance de l’ordre de 1 % en 2014 et 1,5 % en 2015 tirée par la demande extérieure puis la consommation des ménages, afficherait un déficit public de 4 % en 2014 contrairement à 3,6 % prévu par le gouvernement pour la fin 2014. Pour 2015, ce déficit se situerait encore à 3,9 %, selon Bruxelles qui raisonne à politique inchangée, alors que le gouvernement souhaite réaliser un effort de redressement des comptes supérieur à 15 milliards d’euros.
Pierre Moscovici, ministre de l’économie, a déclaré mardi après midi que la France s’en tient à la trajectoire des finances publiques présentée aux autorités européennes et ne négocie pas avec la Commission un nouveau délai pour ramener son déficit sous la barre des 3% du PIB. Le Français a ajouté être dans une phase de dialogue avec l’exécutif européen dans l’optique de son nouveau programme de stabilité qui sera présenté en avril. En 2013, l’Europe avait déjà accordé un délai de deux ans à l’État français pour lui permettre d’ajuster ses finances conformément aux engagements pris. Mais les recettes fiscales hexagonales sont contraintes par la faiblesse de la reprise elle-même dépendante des investissements qui ne devraient reprendre de la vigueur avant 2015. De plus le taux de chômage dans l’hexagone reste élevé, environ 11 % prévu en 2014 et 2015.
La Commission estime que «le principal risque d’une révision à la baisse de la perspective de croissance proviendrait d’une nouvelle perte de confiance qui pourrait découler d’une stagnation des réformes au niveau national et européen». Selon elle, «cela augmenterait la probabilité d’une croissance faible sur une longue période en Europe et aurait des conséquences négatives sur l’activité économique durant la période de prévision».
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