Brexit, le compromis perdant-perdant
David Cameron pourra bientôt partir en campagne contre le Brexit. Après plusieurs jours de tractations, le premier ministre britannique a reçu hier de la part du président du Conseil européen Donald Tusk des propositions de réforme, censées permettre le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Le texte couvre quatre grands domaines, dont l’immigration et le fonctionnement de la zone euro. Il doit encore être approuvé par les autres chefs d’Etat européens lors d’un sommet, les 18 et 19 février. David Cameron pourra alors vendre cet accord à son opinion publique, en vue d’un référendum sur le Brexit qui doit normalement se tenir en juin.
C’est peu dire que le locataire de Downing Street devra faire preuve de toute son habileté politique pour convaincre ses électeurs qu’il a obtenu le meilleur compromis possible. A entendre hier les réactions des eurosceptiques outre-Manche, le texte négocié est loin d’ouvrir une nouvelle ère dans les relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Il donne certes aux Parlements nationaux le pouvoir de bloquer un projet de réforme à Bruxelles, mais avec des conditions telles que sa mise en œuvre sera très difficile en pratique. Le texte grave aussi dans le marbre le droit des Britanniques à ne pas pousser plus avant l’intégration européenne. Reste que le pays a déjà fait inscrire, dans les Traités européens, des clauses d’opt-out qui lui permettent de rester en-dehors de l’euro et de l’espace Schengen.
Bref, l’homme de la rue, à Manchester ou à Londres, risque d’être peu sensible à ces subtiles évolutions du processus de décision en Europe. Il comprendra davantage le frein d’urgence, ce nouveau mécanisme de restriction des prestations sociales versées aux migrants européens installés depuis peu sur le sol britannique.
Ce compromis bancal et encore provisoire montre à quel point Londres et ses partenaires sont aujourd’hui engagés dans une logique perdant-perdant. Accorder à un pays un traitement de faveur, c’est prendre le risque d’ouvrir la boîte de Pandore. Tous les autres membres se sentiraient fondés, après la Grande-Bretagne, à réclamer leurs propres privilèges, et à détricoter ainsi le projet européen. Un Brexit en bonne et due forme, lui, donnerait un argument massue à tous les partis eurosceptiques : si un pays claque la porte de l’Union européenne, qui pourrait empêcher un autre de l’imiter ? En lançant son référendum, David Cameron a joué avec le feu. Il risque de s’y brûler.
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