Boucler l’Union bancaire
Comme Raymond Aron l’affirma de Giscard, pourra-t-on dire d’Emmanuel Macron que « son drame, c’est qu’il ne sait pas que l’Histoire est tragique ? » Elle ne pourra en tout cas lui reprocher d’avoir sous-estimé les enjeux de l’Europe ni de ne pas les avoir exprimés devant des dirigeants européens aussi sceptiques que leurs opinions publiques. On disait lors de son élection les « planètes alignées » pour un nouvel élan du couple franco-allemand. Paris et Berlin paraissaient partager la même volonté de répondre aux défis de l’irrationalité de la Maison-Blanche, de l’autocratie russe ou de migrations incontrôlées. Mais depuis, si les périls n’ont pas disparu, la foi européenne reste évanescente, éparpillant lesdites planètes aux quatre points cardinaux : l’Allemagne traverse une crise politique profonde, l’est européen cède au nationalisme outrancier, l’Espagne s’enlise dans la crise catalane, et quant à l’Italie, le gouvernement de coalition sur le point de la diriger n’a pour credo commun qu’un euroscepticisme épileptique.
Dans ce contexte, l’antienne élyséenne ne suscitera pas d’écho si elle s’en tient à des objectifs hors d’atteinte. Et c’est le cas s’agissant de sa demande de créer un poste de ministre des Finances de la zone euro doté d’un budget propre. L’Allemagne n’a jamais été favorable à cette idée et son nouveau gouvernement ne l’est pas davantage. Il peut s’appuyer sur une opinion publique hostile à ce qu’elle perçoit comme la porte ouverte à une Europe des transferts qui ne pourrait que lui coûter beaucoup. En privilégiant ce schéma, qui devrait en bonne logique couronner l’édifice et non pas le fonder, Paris ne peut qu’encourager les réticences allemandes, déjà avivées par le peu d’entrain montré par le gouvernement français à doter son programme réformateur d’un volet sérieux de réduction des déficits et des impôts. Poursuivre dans cette voie reviendrait à « sauter comme un cabri en criant l’Europe, l’Europe, l’Europe ! » comme se gaussait le général de Gaulle pour brocarder les ultras de la construction européenne.
S’il faut prendre un pari entre ses deux devanciers à la tête de l’Etat, gageons que le pragmatisme d’Emmanuel Macron le rapprochera plus de de Gaulle que de Giscard. Un moyen de le montrer se présente à lui, comme vient de le rappeler avec force et conviction Mario Draghi. Un consensus sur le bouclage de l’union bancaire avant les élections européennes paraît moins hors de portée, même si des résistances demeurent à Berlin, qu’un accord sur la gouvernance de la zone euro. En travaillant d’abord à le forger, s’agissant du rôle du Mécanisme européen de stabilité d’abord, de la garantie commune des dépôts ensuite, Paris contribuerait à déverrouiller l’union des marchés de capitaux à l’approche du Brexit. Un vrai marché financier européen pourrait voir le jour. Cette étape capitale permettrait à l’hôte de l’Elysée, sans déchoir, de préparer des échéances plus politiques, quand les circonstances seront plus favorables et que les esprits auront mûri.
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