Le crowdlending défend son modèle économique

le 03/03/2017 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Dans le sillage d’une étude de l’UFC-Que Choisir, qui pointe taux de défaut élevés et rendements décevants, les acteurs de ce jeune secteur sont montés au créneau.

Réunion de l’association Financement Participatif France le 2 mars à la Maison du Crowdfunding en réaction à la publication de l’UFC-Que choisir
Conférence de l’association Financement Participatif France le 2 mars à la Maison du Crowdfunding, rue de Paradis, à Paris.
(Photo DR.)

Les acteurs du crowdlending organisent leur réponse à l’étude à charge publiée le 23 février par l'UFC-Que Choisir. Dans le sillage des plates-formes Lendix et Unilend, l’association professionnelle Financement Participatif France (FPF) est montée au créneau hier lors d’une conférence de presse. Regroupant 150 membres, dont la moitié de personnes physiques, FPF a constaté «énormément d’erreurs de méthodologie» dans l’étude de l’association de défense des consommateurs.

«Personne n’a réussi à reconstituer le rendement de 0,33% avancé dans l’étude dans son hypothèse réaliste», souligne Nicolas Lesur, le président de FPF et fondateur d’Unilend. Un niveau de rentabilité bien loin des 3,7% pointés dans le baromètre du crowdfunding 2016 réalisé pour l’association par KPMG. «L’UFC-Que Choisir a en outre choisi d’inclure le taux d’imposition, ce qui est critiquable dans la mesure où aucun autre placement ne communique après impôts car chacun a un taux d’imposition différent», ajoute le professionnel.

Dans un contexte de chute des rendements, les Français s'intéressent au crowdlending. Les montants des prêts rémunérés ont ainsi totalisé 321 millions d’euros l’an dernier, contre 166 millions en 2015 et 88 millions en 2014.

Face à cet engouement, les plates-formes joueraient une stratégie de volume au détriment de la sélection, puisqu’elles seraient en moyenne rémunérées par les emprunteurs à 4,5% des montants financés. «Nous nous alignons avec l’intérêt du prêteur en facturant des commissions à l’emprunteur sur toute la vie du prêt, ces dernières représentant 40% de notre chiffre d’affaires. Les associés de la plate-forme réalisent en outre un investissement en propre dans tous les prêts», oppose Olivier Goy, le fondateur de Lendix.

Un médiateur désigné

Au cœur de la polémique, les taux de défaut sur prêts revendiqués par les acteurs seraient ainsi nettement inférieurs à ceux calculés par l'UFC-Que Choisir. Chez Unilend, le taux de défaut au bout de deux mois au 1er février atteindrait 14,5%, contre 8,7% annoncés. L’association calcule aussi un taux de 5,3% chez Lendopolis et 5,9% chez Prexem, et de 1,1% pour le leader Lendix. Compte tenu de la jeunesse du stock de prêts et de la sur-représention des TPE, les calculs de rendement de l'UFC-Que Choisir tablent sur un taux de défaut stable de 11,2%.

Si aucune réclamation n’a pour l’heure été déposée à la connaissance de Nicolas Lesur, la FPF votera le 4 avril prochain la mise en place d’un médiateur. Plus généralement, le fondateur d’Unilend souligne un problème de philosophie. «L’objectif est de financer l’économie réelle et non pas de réaliser des placements sans risque», explique Nicolas Lesur. Par nature, les TPE et PME sont plus risquées et il y aura des défauts, sinon ce serait du Madoff».

Au-delà des chiffres l’UFC-Que Choisir pointe des obligations légales insuffisamment respectées et des clauses abusives. «L’UFC fait des remarques pertinentes sur certains manques de transparence sur les risques et les taux de défaut, mais il ne s’agit pas non plus de jeter le bébé avec l’eau du bain car beaucoup d’acteurs font correctement leur travail», estime Olivier Goy. «Il y a confusion entre conditions générales d’utilisation et conditions générales de vente», tranche de son côté Nicolas Lesur.

Alors que la réglementation du secteur ne date que de la fin 2014, l’UFC-Que Choisir et les acteurs se rejoignent en revanche sur l’idée d’une évolution législative. «Le taux de défaut défini légalement n’est pas un indicateur parfait et la publication d’un TRI (taux de rentabilité interne, ndlr) net des défauts au global et par année serait plus pertinent pour les prêteurs», note ainsi Olivier Goy.

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