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La Bourse ne croit plus aux histoires de licornes

le 11/09/2019

Olivier Pinaud

WeWork et la Bourse : ça ne marche pas. Le groupe américain de coworking, qui a essaimé un peu partout dans les mondes ses immeubles de bureaux partagés, pourrait entrer à la Bourse de New York à une valeur fortement dépréciée par rapport à son dernier tour de table. Les dernières rumeurs parlent de 15 à 18 milliards de dollars. WeWork avait été valorisé 47 milliards de dollars en début d’année, au moment de l’injection de fonds réalisée par SoftBank.

Comment expliquer une telle chute de valeur en si peu de temps ?

Un, WeWork n’a toujours pas démontré la pertinence financière de son modèle économique. The We Company, la société-mère de WeWork a perdu 905 millions de dollars au premier semestre. Entre 2016 et 2018, elle a cumulé près de 3 milliards de dollars de pertes. L’activité de WeWork brûle encore beaucoup de cash : 200 millions de dollars au premier semestre, auxquels s’ajoutent les 2,3 milliards d’investissements.

Deux, la gouvernance reste largement perfectible. A l’image de ce que Google ou Facebook ont fait dans le passé, le fondateur et dirigeant de WeWork gardera le contrôle de sa société via un système d’actions à droit de vote préférentiel. Or, si ces mécanismes passent dans le monde du capital risque, ils sont de moins en moins tolérés sur les marchés publics. Tous les ans, des actionnaires minoritaires de Facebook tentent de faire sauter ce système.

Enfin, trois : les investisseurs en Bourse n’ont plus envie d’être la dernière roue du carrosse, ceux à qui ont fait appel une fois que la valorisation a bien été gonflée. Lyft, Uber et Slack, les trois dernières introductions en Bourse emblématiques du secteur technologique américain, sont toutes des échecs à ce stade. A 32 dollars hier, l’action Uber cote 13 dollars sous son prix d’introduction en Bourse. Idem pour Lyft et Slack.

Si l’introduction de WeWork venait à se confirmer au niveau de prix évoqué, cela porterait un rude coup à la stratégie du fonds de capital risque de Softbank, qui a fait de la multiplication des tours de table sa marque de fabrique. Elle serait également douloureuse pour de nombreux fonds d’investissement qui se sont engouffrés dans le mouvement ces derniers mois.

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