Bruxelles prépare une proposition législative sur les crypto-actifs
La Commission européenne prépare une proposition législative sur les crypto-actifs, moins d’un an après avoir lancé une consultation à ce sujet, qui a recueilli plus de 200 réponses. «Ce devrait être pour le troisième trimestre de cette année, donc c’est dans très peu de temps», a confié Florian Denis, policy officer à la DG Fisma de la Commission européenne, lors d’une conférence organisée par le cabinet Gide.
L’exécutif pourrait également se prononcer sur la création d’un laboratoire expérimental pour les projets d’émission de security tokens, idée proposée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) mi-mars. Après avoir contribué au volet crypto de la loi Pacte, l’AMF s’est penchée sur les security tokens. «C’est un sujet plus compliqué car ce sont de vrais instruments financiers inscrits sur la blockchain, qui sont soumis à l’ensemble de la réglementation financière», a expliqué Stéphanie Cabossioras, directrice adjointe à la direction des affaires juridiques de l’AMF.
A l’heure actuelle, le règlement sur les dépositaires centraux de titres (CSDR, pour Central Securities Depositories Regulation) et certaines dispositions de la directive marchés d’instruments financiers (Mif) bloquent certains projets impliquant des security tokens, notamment sur le règlement-livraison et les plates-formes de négociation. «L’idée, c’est d’expérimenter de nouveaux projets qui ne peuvent pas se développer, compte tenu de la règlementation actuelle, de créer des exemptions dans le droit positif européen pour permettre aux projets d’émerger», explique Stéphanie Cabossioras. Par exemple, «dès lors qu’un instrument financier serait considéré comme illiquide, il aurait droit de postuler à l’expérimentation», poursuit-elle.
Expérimentation de trois ans
Les régulateurs pourront octroyer le bénéfice de l’exemption, qui ne concerne pas les obligations en matière de lutte contre le blanchiment et les abus de marché, rappelle l’AMF. L’Esma (Autorité européenne des marchés financiers) assurerait un suivi des différents dossiers, où devraient postuler acteurs régulés, Prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) ou des acteurs aux exigences organisationnelles «similaires» aux acteurs régulés. L’expérimentation pourrait durer trois ans.
Seul le collège des commissaires permettra à ce projet de voir le jour. «Nous voulons conserver le principe de neutralité technologique : quand un ‘crypto-asset’ est un instrument financier, on veut conserver les règles de Mif et les autres règles de la législation», a précisé Florian Denis. Pourtant, «on sait bien que notre réglementation peut être difficilement applicable», admet-il, reconnaissant que l’utilisation des security tokens «peut apporter des bénéfices aux marchés financiers».
Pour ce dernier, une modification de la législation européenne implique de se nourrir d’exemples concrets, rares à ce jour. D’où l’utilité d’un laboratoire expérimental que la Commission européenne qualifie de «régime pilote». «Ce régime pilote résoudrait, de manière temporaire, les difficultés que certaines personnes rencontrent dans le développement de projets liés à des ‘security tokens’», souligne Florian Denis. «Si on donne l’exemption, il faut que ce soit bien encadré», avertit-il, pointant les risques à l’émission de security tokens telle que la cyber-sécurité.
Hier, le cabinet Gide a par ailleurs publié les conclusions d’un rapport sur les security tokens. 93% des répondants demeurent très favorables à la mise en place d’un laboratoire européen.
Plus d'articles du même thème
-
Crédit Agricole Assurances fait ses premiers pas dans la finance tokenisée avec Amundi
Le premier assureur de France a réalisé un investissement de 100 millions d’euros dans un fonds tokenisé par le gérant maison. -
Spiko lève 90 millions de dollars en série B
Le leader français des fonds monétaires tokenisés a levé 120 millions de dollars depuis sa création en 2023. -
Le forum fintech de l'AMF et de l'ACPR souffle ses dix bougies
En dix ans, les enjeux autour des fintechs ont changé. La tokenisation et l'intelligence artificielle sont sur le devant de la scène.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
Contenu de nos partenaires
-
Grand oralOrdonnances, « travailler plus pour gagner plus » et réduction de l'immigration : Edouard Philippe face à son « heure de vérité »
Invité de l'émission « l'Heure de vérité » sur France 2 jeudi soir, le candidat Horizons a annoncé vouloir défiscaliser et exempter de cotisations sociales les heures supplémentaires travaillées au-delà des 35 heures. Pour un salarié au smic, cela représente selon lui « 1000 euros de plus par an » -
Tribune libreCybersécurité, une urgence absolue même pour les PME
Les cyberattaques sont une menace sérieuse pour tous les acteurs économiques, TME, PME et collectivités locales comprises. Le projet de loi sur la résilience et la cybersécurité, issu de la directive européenne NIS2, sera en discussion à l'Assemblée à partir du 7 octobre. -
La météo des tauxElection présidentielle : une campagne sous spread
Les indicateurs réservés aux experts des marchés financiers, tels l'OAT et le spread, sont devenus des outils politiques pour décourager des mouvements sociaux, discréditer des adversaires ou asseoir sa légitimité. Ce qui n'est pas sans risque pour celles et ceux qui les utilisent