William Barrett : «Le private equity bénéficiera d’un regain d’allocations »
A quelques rares exceptions, représentées par Epopée Gestion (Ronan Le Moal et Charles Cabillic) et Yotta Capital (Xavier Herrmann, Benoît Perrot et Pierre Dejoux), rares sont aujourd’hui les sociétés de gestion à se lancer dans la levée de leur premier fonds. L’émergence de la pandémie de Covid-19 impose de nouvelles contraintes au secteur du private equity, en raison de la frilosité des investisseurs institutionnels. Des LP (limited partners) qui n’entendent cependant pas délaisser la classe d’actifs, bien au contraire. Le point avec William Barrett, partner et co-fondateur de l’agent de placement Reach Capital.
L’Agefi : La crise du Covid-19 pourrait-elle s’avérer porteuse pour les projets de développement des sociétés de gestion françaises ?
William Barrett : Depuis plusieurs années, les sociétés de gestion officiant sur le segment du private equity multiplient les projets de développement. Mais avec la crise, toutes ont vu leur portefeuille plus ou moins touché. Cette situation inédite est génératrice de stress car les périodes de détention des participations vont inévitablement s’allonger dans l’optique de gommer les sous-performances enregistrées ces derniers mois. Dans ce cadre, le lancement de nouveaux produits s’avère bien plus compliqué qu’au cours des dernières années. De même que pour les «first-time funds», qui ont eu le vent en poupe en 2018 et 2019. Dans ce cadre, nous anticipons des mouvements de consolidation et d’ingéniosité sur le marché secondaire (notamment en restructuration de fonds, fund restructuring) afin de pallier certains manques de réserves.
Assiste-t-on à une diminution des allocations en provenance des investisseurs institutionnels ?
Un très léger effritement du niveau des engagements des LP pourrait être constaté cette année dans les fonds de private equity, mais il sera probablement compensé par un regain d’allocation en 2021. Le problème n’est donc pas l’absence de capitaux en direction de la classe d’actifs, mais davantage leur orientation. Pour remédier à l’incertitude du moment, la plupart des investisseurs devraient en effet concentrer leurs efforts sur les sociétés de gestion avec lesquelles ils entretiennent des relations historiques. Le confinement n’a pas aidé à établir de nouvelles relations entre LP et GP (general partners). D’ailleurs, tous les closings que nous avons accompagnés post-confinement sont le fruit d’interactions qui avaient eu lieu avant la crise.
Ce repli sur les sociétés de gestion historiques est-il le seul marqueur de cette crise ?
Nous avons aussi constaté une volonté des investisseurs institutionnels de se concentrer sur leur pays d’origine. Parfois animés par des raisons de communication, souvent par contrainte, certaines banques ou certains assureurs, qui n’étaient jusqu’alors pas amateurs de private equity, souhaitent prouver leur ancrage local en participant au financement de projets de proximité. Cette dynamique de soutien est aussi observée dans d’autres pays d’Europe, comme en Allemagne.
Les fonds les plus établis pourraient donc surfer sur cette tendance ?
A l’évidence oui. Car la course à la taille des fonds qui devrait se poursuivre crée un appel d’air sur le segment du small cap, parfaitement compatible avec les souhaits d’investissement local des investisseurs. En France, de plus en plus de sociétés de gestion positionnées mid ou large cap, bien connues des LP, ont déployé ou cherchent à se déployer sur ce segment. Cela donne naissance à des plates-formes d’investissement dont le succès ne devrait pas se démentir au cours des prochaines années.
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