L’industrie du LBO reste accro aux remontées de dividendes
L’information a fait les gros titres des journaux de l’autre côté de l’Atlantique. Trois sénateurs du Parti Démocrate, Elizabeth Warren, Bernie Sanders et Tammy Baldwin, ont envoyé une lettre à Apollo et à Blackstone pour les inviter à se justifier de leur pratique au sein de l’opérateur minier Warrior Met Coal. En cause ? Une grève des mineurs qui accusent les fonds d’avoir endetté le groupe pour se verser un total de près de 800 millions de dollars de dividendes exceptionnels. Pour ce faire, ces géants du non-coté, entrés en 2016 et sortis deux ans plus tard, auraient réduit les salaires et les avantages sociaux. «Certaines sociétés de private equity poursuivent des stratégies qui extraient de la valeur des sociétés de leur portefeuille au détriment des travailleurs et des communautés», ont déclaré les trois législateurs, connus pour leur ancrage à gauche.
Dans l’Hexagone, les «bad buzz» relatifs à cette pratique se comptent sur les doigts d’une main. Le plus retentissant avait été directement relayé par la direction du menuisier industriel FPEE, il y a sept ans. Celle-ci était entrée en conflit avec ses actionnaires, Pragma Capital, Naxicap et Equistone Partners Europe – lesquels souhaitaient un refinancement bancaire de 200 millions d’euros, pour procéder à une distribution de 130 millions d’euros de dividendes. L’opération aurait fait bondir l’endettement à plus de 5 fois l’Ebitda, ce qui était alors estimé par la direction comme une mise en danger de l’entreprise.
Une pratique courante
Parfois décriée, la pratique du «dividend recap» reste toutefois monnaie courante. Fonds d’investissement et prêteurs en sont même friands. Les premiers dans l’optique de sécuriser une partie de leur investissement et les seconds pour continuer de capter les flux et conserver le lien avec l’entreprise concernée. «Cet outil de remontée de dividendes est utilisé pour des entreprises de toutes sortes, qu’elles soient jeunes et en forte croissance ou matures», constate un professionnel du conseil en financement.
Les désidératas des fonds ne s’accompagnent cependant pas systématiquement d’effets de levier au sommet. «Il arrive parfois que les prêteurs soient prêts à proposer davantage de dette que ce que les emprunteurs recherchent», note l’expert. Une générosité s’expliquant aussi par l’environnement très concurrentiel du marché de la dette privée. Les banques, qui ne rechignent pas à financer des remontées de dividendes, doivent composer avec des fonds de dette toujours plus nombreux. Selon une étude menée par France Invest et Deloitte, ces derniers ont levé l’an passé 5,4 milliards d’euros pour financer les entreprises, soit peu ou prou autant qu’en 2019 – année record. «La concurrence est réelle. Un prêteur qui n’accepterait pas un ‘dividend recap’ risquerait de se voir sorti au profit d’une autre banque ou d’un fonds», souligne Laurence de Rosamel, managing director de la pratique debt advisory chez Clearwater International.
Afflelou, But, Foncia…
Au cours des douze derniers mois, de nombreuses entreprises tricolores soutenues par des fonds de private equity ont eu recours à des opérations de dividend recap. Et non des moindres. Le réseau d’opticiens Afflelou avait émis 410 millions d’euros d’obligations senior sécurisées et 75 millions d’euros d’obligations subordonnées en mai. Sur ces sommes, 130 millions avaient servis au versement d’un dividende aux actionnaires, à savoir Lion Capital, la Caisse des dépôts et placement du Québec et Apax Partners. Dans la distribution alimentaire, la chaîne de magasins Grand Frais avait pour sa part procédé en juillet à un refinancement de près de 1,4 milliard d’euros, dont 740 millions de dividende exceptionnel. Il en fut également de même chez But (accompagné par CD&R), Santé Cie (HLD et UI Gestion), Socotec (Cobepa et CD&R), Foncia (Partners Group) et Labeyrie (PAI Partners).
Interrogés, les fonds ne cachent pas leurs intentions. Pour la plupart d’entre eux, l’externalisation d’une partie de la valeur de l’entreprise leur permet de satisfaire leurs investisseurs avant la cession pure et dure. Ainsi, nombre de ces dividend recaps interviennent en raison de processus de vente repoussés ou annulés. Fluctuant au rythme des affaires, la pratique a encore de beaux jours devant elle.
Plus d'articles du même thème
-
Permira s'apprête à céder BioCatch à Visa pour 2,4 milliards de dollars
Le fonds de capital-investissement cède, aux côtés d'autres actionnaires, sa participation dans la société israélienne spécialisée dans la détection de la fraude en ligne par biométrie comportementale. -
Bridgepoint dépasse son objectif pour son fonds de prêt direct
Bridgepoint Direct Lending IV totalise 5,1 milliards d’euros dont 40 % ont déjà été investis, malgré les doutes qui planent encore sur le secteur de la dette privée. -
Bluegem cède le contrôle de Béaba-Suavinex à Portobello Capital
L’entrée au capital de la société espagnole marque le cinquième LBO du groupe.
ETF à la Une
First Trust et Global X ETFs rejoignent la course aux ETF spatiaux
- TotalEnergies multiplie les arbitrages dans les énergies renouvelables
- Wendel confirme la montée en puissance du compte de tiers
- Tikehau Capital mise sur l'amélioration de sa rentabilité
- Blue Owl porte ses encours à 319 milliards de dollars
- CMA CGM finalise l'ouverture du capital de certains de ses ports à la société de gestion Stonepeak
Contenu de nos partenaires
-
Résultats trimestriels de SpaceX : l'heure de vérité pour Elon Musk
SpaceX dévoile ses premiers résultats trimestriels en Bourse mardi soir, alors que sa valeur a dévissé de moitié en deux mois. Elon Musk devra rassurer face à une dette colossale et des ambitions galactiques -
Deux salles, deux ambiancesCrise de Ceuta : le Maroc au défi de sa réalité sociale
Le royaume multiplie les grands événements et projets d'infrastructure, projetant une image de pays émergent. Son incontestable développement économique reste cependant profondément inégalitaire -
EditoPrésidentielle 2027 et ingérences russes : l'école, premier rempart de la démocratie face aux deepfakes
Après les algorithmes et les réseaux sociaux, le scrutin de 2027 sera le premier à l’heure de l’IA générative. Même si les précédentes campagnes connurent leur lot d’intox et d’infox, pour celle-ci, il va falloir plus que jamais trier le vrai du faux, se méfier d’éléments d’informations avérés mais… manipulés