Lakestar valide le concept des Spac européens
Devenus incontournables aux Etats-Unis au point d’en devenir la première source d’introductions en Bourse à New York, les Special Purpose Acquisition Companies (Spac) ont aussi déferlé sur le Vieux Continent. Mais jusqu’à présent, seuls les véhicules d’investissement américains y faisaient leurs emplettes. Un état de fait qu’est venu bousculer Lakestar, le Spac allemand fondé par la star du capital-risque européen Klaus Hommels. Coté à Francfort, où il a levé 275 millions d’euros en début d’année, le véhicule a annoncé la semaine dernière sa fusion avec le portail de voyage HomeToGo. L’opération, qui avait été envisagée le mois dernier, est complétée par un investissement complémentaire de 75 millions d’euros apporté par Klaus Hommels et des family offices européens, à hauteur de 10 euros par action. Elle valorise ainsi le nouvel ensemble 1,2 milliard d’euros pour ses fonds propres et 861 millions d’euros en valeur d’entreprise. «C’est un marqueur important car les investisseurs de cette nouvelle classe d’actifs attendaient de pied ferme le tout premier ‘despacking’ d’un véhicule européen. Des questions se posaient sur la faisabilité», souligne un banquier.
La transaction devrait être bouclée au troisième trimestre 2021 et doit encore faire l’objet d’une approbation en assemblée générale par les investisseurs de Lakestar Spac 1, qui a été conseillé par Deutsche Bank (tandis que la start-up allemande l’a été par Morgan Stanley).
Une recette gagnante
Premier Spac européen dédié à la tech, Lakestar a tout de suite cherché à se démarquer de ses homologues américains en choisissant un système de rémunération faisant la part belle à l’alignement des intérêts. Au lieu d’offrir immédiatement à ses fondateurs 20% du capital initial, le véhicule a opté pour une structure de rémunération en escalier. L’ensemble de la rémunération est ainsi étalé en fonction des objectifs atteints par le Spac (acquisition, franchissement de seuils de l’action du Spac…). Une recette gagnante, qui a été depuis reprise par d’autres Spac, à l’instar de Transition ou de Dee Tech – lancé à la Bourse de Paris et notamment fondé par la MACSF et Idi.
Business angel dans Facebook et investisseur de la première heure dans Skype, Spotify, Harry’s ou encore Oscar Health, Klaus Hommels se positionne aussi comme un défenseur de la souveraineté européenne dans l’univers de la tech. Et si l’idée de conserver les plus belles pépites du Vieux Continent là où elles sont nées divise, les initiatives en ce sens devraient se multiplier. L’investisseur aurait d’ailleurs prévu de lancer de nouveaux Spac pour poursuivre son œuvre.
Dans l’Hexagone, les «despacking» se font encore attendre. Pour nombre de professionnels du secteur, Mediawan – lancé à Paris en 2016 par Xavier Niel, Mathieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton – n’est en effet pas considéré comme un Spac à proprement parler. A ce titre, l’acquisition de Groupe AB Groupe en 2017 ne devrait donc pas être considérée comme un véritable «despacking». La raison ? «Mediawan est une holding. Contrairement à un Spac, elle ne se dissout pas après l’acquisition et a vocation à gérer ses participations pour les revendre un jour, note un expert d’une grande banque de la place. Son modèle est donc plus proche de structures comme Wendel et Eurazeo.»
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