Des alliances se forment pour racheter les services énergétiques d’Engie
Le démarrage du processus d’enchères n’est pas attendu avant l’été, comme l’a confirmé Engie ce mardi lors de la présentation de son plan stratégique, mais déjà les candidats au rachat des services énergétiques du groupe affûtent leurs armes. Selon nos informations, plusieurs consortiums sont en cours de constitution pour être en mesure de s’offrir ce périmètre aux contours encore indéfinis, mais dont la valorisation pourrait être comprise entre 4 et 6 milliards d’euros.
Trois consortiums en lice
Le premier d’entre eux est constitué par Spie et le fonds américain Clayton Dubilier & Rice. Contacté, le spécialiste des services multi-techniques coté sur Euronext n’a pas souhaité faire de commentaire. Mais son alliance avec un poids lourds international du non-coté s’avérerait indispensable, tant la transaction à venir pourrait être transformante. Celle-ci lui permettrait de plus que doubler son excédent brut d’exploitation – lequel s’était élevé à 339,2 millions d’euros en 2020 (en repli de 18,9% par rapport à l’an passé).
Pour accroître la faisabilité d’un rapprochement qui donnerait naissance au numéro un mondial des services énergétiques, la porte pourrait être ouverte à une éventuelle participation de la Caisse des dépôts et placement du Québec (CDPQ) et de la holding de la famille Peugeot FFP, tous deux actionnaires de Spie.
L’ensemble à vendre, provisoirement baptisé «Bright», intéresse aussi un consortium formé autour de CVC et de PAI Partners, a appris L’Agefi.
Le premier fonds dispose de poches particulièrement profondes. L’an dernier, il avait levé plus de 21 milliards d’euros dans le cadre du closing de son huitième véhicule d’investissement. Cette somme colossale lui a notamment servi au premier trimestre dans le cadre du rachat du fabricant de médicaments en vente libre Cooper-Vemedia, valorisé 2,2 milliards d’euros à cette occasion.
Un troisième pool d’acquéreurs pourrait aussi voir le jour autour de Bouygues. Comme l’avait révélé Challenges, le groupe de BTP et de télécoms a fait part de son intérêt pour «Bright» et chercherait à unir ses forces avec d’autres prétendants. «Bouygues s’active actuellement en rencontrant de nombreux fonds d’investissement, dans l’espoir de nouer une alliance», constate une source bancaire. Or, les investisseurs ne manquent pas. Bain Capital, Carlyle et d’autres acteurs du private equity tournent actuellement autour du périmètre. Même si quelques défections seraient à l’ordre du jour, à l’instar d’Advent International.
Timing serré
Dans cette cession d’envergure, Engie est accompagné par Credit Suisse, BNP Paribas et Citi. Mais le chemin risque d’être semé d’embûches. Car, si les groupes que sont Bouygues et Spie peuvent jouer la carte française pour rassurer les pouvoirs publics, la présence des nombreux fonds étrangers rendent le sujet politiquement très sensible. «Comment peut-on lancer un tel processus alors qu’il risque de se télescoper avec les élections présidentielles ?», souligne un banquier.
Le périmètre «Bright» pourrait représenter près de 20% du chiffre d’affaires total d’Engie, soit plus de 12 milliards d’euros, mais aussi et surtout 74.000 employés, dont 27.000 dans l’Hexagone. «Le démarrage du processus au 1er juillet risque d’aboutir à une signature d’ici la fin de l’année ou dans les premiers mois de 2022, avec tout le risque politique que cela implique si un fonds étranger venait à être sélectionné», surenchérit un investisseur. A moins que le scénario d’une introduction en Bourse ne soit finalement privilégié, avec toutes les incertitudes que cela pourrait entraîner en termes de prix et de possibilité d’exécution. Une difficulté à l’heure où Engie prévoit d’accélérer le rythme annuel de son développement dans les énergies renouvelables, dans le but d’atteindre une capacité totale installée de 50 gigawatts (GW) en 2025 et 80 GW en 2030.
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