Apicap prépare un fonds de private equity féminin
Apicap a trouvé une nouvelle niche. A peine délesté des fonds fiscaux corses, vendus en septembre à Vatel Capital, la boutique de capital-investissement et d’immobilier annonce ce jeudi un fonds de private equity dédié à des entreprises dirigées ou contrôlées par des femmes. Une première en France et en Europe sur ce sous-jacent, assure Apicap. A l’échelle internationale, les initiatives sont encore limitées, à l’instar du fonds espagnol de capital-risque féminin Red Ventures ou du programme Launch with GS, une enveloppe de 500 millions de dollars de Goldman Sachs.
«En France, sur les 60.000 PME et ETI de 5 à 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, 15% sont dirigées par des femmes mais ces dernières représentent seulement 4% des entreprises dans lesquelles des fonds de capital-investissement ont investi. C’est une anomalie de marché, source de création de valeur», explique à L’Agefi Alain Esnault, président d’Apicap, en s’appuyant sur les chiffres de la base de données Diane. A rebours de la démarche militante des fonds d’impact, la société de gestion vise un rendement de 2,5 à 3 fois la mise, dans les standards du marché. Elle estime que les entreprises dirigées par des femmes seraient même plus performantes, comme le prouverait une étude de McKinsey* selon laquelle «les entreprises qui augmentent la diversité [ethnique ou de genre] de 10% au sein de leur équipe de direction voient leurs marges d’Ebit augmenter de 1,6 point de pourcentage».
Tickets de 8 à 20 millions d’euros
Dédié à l’entrepreneuriat féminin, le fonds Women Leadership Capital d’Apicap investira dans des PME et petites ETI où les rôles de président, directeur général, membre du directoire ou d’actionnaire significatif sont assurés par des femmes. La boutique parisienne espère lever entre 100 et 200 millions d’euros auprès d’institutionnels, de family offices et de dirigeants d’entreprises, avec un premier closing dans un an. En cours de constitution, ce futur FPCI (fonds commun de capital-investissement) n’a pas encore été agréé par l’Autorité des marchés financiers.
Le véhicule investira entre 8 et 20 millions d’euros en fonds propres dans 10 à 12 sociétés, soit davantage que les tickets de 2 à 7 millions traditionnellement déployés par Apicap, dans des small caps. Il pourra prendre des participations majoritaires ou minoritaires significatives (plus de 33% du capital ou un siège au conseil) lors d’opérations de MBO (management buy-out), MBI (management buy-in), carve-out (cession d’activité) ou de capital-développement. Ses cibles seront majoritairement françaises (au moins 80%), ou européennes (jusqu’à 20%).
Une nouvelle associée
Pour gérer ce fonds, Apicap a accueilli cette semaine une nouvelle associée, la deuxième après celle qui couvre La Réunion. «Les femmes sont sous-représentées dans le private equity. Elles comptent pour seulement 22% dans les équipes d’investissement [selon France Invest, ndlr], et seuls 10 des 320 fonds français ont une femme dirigeante», pointe Alain Esnault, qui ne cache pas avoir rencontré des difficultés dans le recrutement de sa partner. Arrivée cette semaine, la trentenaire Claire Gomard, ex-Milestone Investisseurs, sera en charge de l’investissement. Le développement du fonds sera assuré par Philippe Pronost, ancien de CDC IC International et nouveau directeur général adjoint d’Apicap. Tous deux s’appuieront sur le réseau d’operating partners et de dirigeants de PME proches de la maison, et sur son comité stratégique qui compte notamment Caroline Rémus, présidente d’Apax Partners Development et Gonzaguze de Blignières, président du fonds Raise. La boutique veut aussi développer de nouveaux outils pour alimenter son deal flow. «Notre club Women Leadership Capital ainsi que notre Indice performance mixité vont nous permettre de développer des relations privilégiées avec les dirigeantes de PME et ETI», indique Claire Gomard.
Le nouveau fonds s’inscrit dans la stratégie de diversification qui doit permettre de porter les encours d’Apicap à 2 milliards d’euros en 2024. Depuis 2011, la société a investi 600 millions d’euros. Son principal levier d’accélération est l’immobilier, pratique développée depuis deux ans, et des expertises innovantes comme l’e-sport, domaine dans lequel une deuxième levée de fonds est prévue l’an prochain.
*Diversity Matters, 2015.
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