Un nouveau genre de courtiers actions cible la France
EToro, Trade Republic, Freetrade… Tous les nouveaux courtiers (néobrokers) ont le même credo : proposer un modèle gratuit pour l’utilisateur. Mais «leur système informatique fait qu’il s’agit d’une commission déguisée», prévient Nicolas Chéron, stratégiste chez Zonebourse, un site de conseils boursiers. Ces acteurs misent aussi sur leur développement technologique, pour espérer un jour être rentables. «Ils ne vont pas gagner de l’argent pendant des années mais vont se lancer dans l’acquisition de parts de marché, en vendant des services connexes», ajoute Nicolas Chéron, avec des courtiers comme Boursorama ou Bourse Direct.
L’affaire GameStop, avec le néobroker américain Robinhood, a mis en lumière la pratique de l’order flow pour se rémunérer, qui consiste à céder à un teneur de marché - comme des hedge funds - les ordres passés par les particuliers. Légale aux Etats-Unis, cette pratique n’est pas permise en Europe, où les néobrokers misent sur d’autres sources de revenus.
Arrivée en janvier sur le marché français, la fintech allemande Trade Republic suit un business model de volume, en proposant un forfait de 1 euro par ordre de Bourse effectué quel que soit son montant. Elle a aussi lancé sur 2.500 actions et 1.100 ETF des versements automatiques réguliers à partir de 10 euros «sans aucun frais», une partie de ses revenus étant générée par la distribution de ces ETF. «Si on veut vraiment démocratiser l’investissement en actions, il faut envisager cette activité comme une activité d’épargne financière à long terme», explique Matthias Baccino, son responsable en France depuis quinze jours : «Trade Republic veut démocratiser l’investissement en action auprès du vrai grand public». En phase d’hyper-croissance, la société fondée en 2015 vise 100.000 clients en France dès la fin de l’année.
Gagner la guerre du marketing
Le britannique Freetrade qui vient de lever 69 millions de dollars envisage elle aussi de s’implanter en France d’ici le premier semestre de cette année. «On s’ouvre à l’Europe avec la France en tête de liste», confie Romain Finot, responsable du lancement en France. La société aux 600.000 utilisateurs mise sur deux sources de revenus. Un taux de change de 0,45% sur les ordres pour les actions négociées dans une devise autre que l’euro, ainsi qu’un abonnement Freetrade Plus qui permet d’accéder à d’autres fonctionnalités, comme choisir un type d’ordres avec lequel on compte investir.
Alors que Robinhood et eToro ont annoncé leur projet d’introduction en bourse, Freetrade y songe également. «Nous voulons permettre à tout le monde d’investir, donc le Graal serait de s’introduire en bourse. C’est quelque chose qui nous anime, il y a des réflexions en cours», confie Romain Finot. Lancée en 2018, la fintech est valorisée 366 millions de dollars.
Tous les néobrokers vont devoir se battre pour gagner des parts de marché en France, où des acteurs plus médiatisés comme Revolut opèrent depuis un certain temps. «La moitié d’entre deux disparaîtront sous cinq ans. L’idée est d’arriver en Europe pour prendre la température», estime Nicolas Chéron. Si leur modèle peut fonctionner dans les trimestres qui viennent, car ils visent un public plus large, les conquérants seront ceux qui «auront gagné la guerre du marketing, avec une application ‘user friendly’ et une diversité de produits», ajoute-t-il. Le marché français semble de fait plus difficile à percer que d’autres marchés. «Faire une campagne de marketing en France nécessite de faire un vrai sur-mesure, car le rapport à l’argent n’est pas le même», ajoute Nicolas Chéron.
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