L’interdiction de Tornado Cash relance le débat sur la confidentialité dans les cryptos
Les autorités américaines reprochent à Tornado Cash d’avoir contribué à blanchir via sa solution près de « 7 milliards de dollars de monnaie virtuelle » depuis son lancement en août 2019. En théorie, cette mesure rend illégale toute interaction avec les portefeuilles ou les contrats liés avec l’entité pour les citoyens américains.
Les crypto mixeurs sont des protocoles dont les smart contracts, programmes informatiques paramétrables sur un réseau blockchain, permettent d’anonymiser les transactions, ou du moins les rendre plus difficilement traçables. Pour ce faire, le protocole va mélanger les cryptomonnaies demandés avec un stock pour ensuite en renvoyer d’autres à une adresse demandée. Actuellement, la valeur totale bloquée (TVL) sur Tornado cash est d’environ 430 millions de dollars, essentiellement de l’ETH, la cryptomonnaie du réseau Ethereum. La TVL a dépassé le milliard entre septembre et novembre 2021.
Vie privée sur la blockchain
Immédiatement après l’interdiction, de nombreuses figures de la cryptosphère se sont insurgées sur Twitter comme Vitalik Buterin, personnalité phare de l’écosystème Ethereum, qui a rappelé la nécessité de l’anonymat notamment lorsqu’un citoyen russe voulait faire un don anonyme à l’Ukraine. Tornado Cash est également utilisé par de nombreuses entreprises crypto pour préserver en quelque sorte leur droit des affaires puisque tout est traçable sur les réseaux blockchains les plus utilisés comme Ethereum ou Bitcoin. « Vous n’avez pas forcément envie que tout le monde sache quels investissements vous réalisez. Si une des adresses que vous utilisez fuite, Tornado Cash est utile pour retrouver l’anonymat », explique Noé Giglio, cofondateur de White Loop Capital, fonds d’investissement privé spécialisé dans les cryptoactifs.
Selon Chainalysis, référence dans le traçage des transactions en cryptoactifs, 18% des fonds ayant transité par Tornado Cash depuis son lancement provenaient d’entités sanctionnées et un peu moins de 11% étaient identifiés comme des fonds volés. Ces statistiques ont alimenté arguments et contre-arguments sur le recours à ce type d’outil pour une large partie de l’écosystème crypto. « Pour moi, ce type de mesure va supprimer un outil utile pour le plus grand nombre. Ceux qui veulent l’utiliser pour des activités illégales vont continuer à le faire », regrette Noé Giglio.
Une interdiction difficilement applicable
Tornado Cash n’est pas le premier mixeur d’une telle importance à être mis sur liste noire par les autorités américaines. En mai dernier, le Trésor américain avait déjà sanctionné Blender après avoir identifié son lien avec du blanchiment d’argent issu du piratage du réseau Ronin Network, le plus important de l’histoire de l’écosystème crypto avec 624 millions de dollars dérobés.
Mais à la différence de Blender qui est un serveur centralisé, Tornado Cash ne peut pas simplement être arrêté, le code des smart contracts pouvant fonctionner sans maintenance de la part des développeurs. Les autorités américaines ont donc fiché des adresses en lien avec Tornado Cash et dans la foulée, Circle annonçait geler des adresses détenant de l’USDC, le stablecoin qu’émet l’entreprise et qui est actuellement le deuxième plus important du marché crypto, en lien avec Tornado Cash. « Circle est une entreprise régulée, qui se conforme aux requêtes de sanctions. Nous avons pris en compte les sanctions et bloqué les adresses associées à Tornado Cash », déclarait l’entreprise dans un communiqué. C’est notamment ce pouvoir de censure qui pousse de nombreux acteurs de la DeFi à lancer leur stablecoin décentralisé, pour être moins dépendant aux stablecoins centralisés comme l’USDC ou l’USDT de Tether.
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