Les banques veulent séduire les PME exportatrices grâce à la blockchain
La technologie blockchain a été créée dans l’esprit de supprimer les intermédiaires financiers, mais elle permet aussi de les introduire là où ils n’étaient pas présents. Hier, Deutsche Bank, HSBC, KBC, Natixis, Rabobank, la Société Générale et UniCredit ontsigné un memorandum of understanding à Bruxelles dans lequel elles se sont engagées à participer au développement et à la commercialisation d’une nouvelle offre baptisée Digital Trade Chain (DTC). Il s’agira d’une plate-forme blockchain, basée sur un prototype déjà testé par KBC, visant à centraliser, numériser et sécuriser les échanges de documents et les transactions des PME et ETI avec leurs partenaires commerciaux internationaux.
Les solutions existantes de garantie de paiement, telles que le crédit documentaire ou l’assurance-crédit, sont intéressantes pour des montants significatifs, «mais pas pour des petits montants, des marchandises échangées physiquement selon des délais très courts (trois heures par camion par exemple)», explique Anne-Claire Gorge, responsable mondiale des produits du commerce international à la Société générale. Car «la garantie bancaire a un coût, pointe Anne Cécile Delas, responsable du global transaction banking chez Natixis. Les sociétés qui connaissent bien un acheteur, dans un pays moins à risque, préfèrent le paiement direct (open account). La plate-forme DTC permettra d’accélérer et sécuriser fortement ce processus en traçant toutes les étapes de la transaction». Elle réduira la paperasse, même si les PME devront toujours traiter par papier, pour le dédouanement de leurs marchandises, par exemple. L’infrastructure aura des caractéristiques définies : les conditions de déclenchement de paiement, la garantie de paiement et la possibilité de financer un délai de paiement. Chaque partenaire pourra y associer d’autres services.
Les banques deviendront ainsi un intermédiaire clé là où elles ne fournissent aujourd’hui qu’un service de paiement, à la rigueur d’affacturage si les flux sont réguliers. «La solution ne sera pas forcément moins chère, pour les PME, que le crédit documentaire ou l’assurance-crédit, mais elle sera plus simple», relève Anne-Claire Gorge. L’objectif du partenariat est double, poursuit la dirigeante : «les banques du partenariat mutualisent l’investissement et apportent chacune leur base de clientèle de PME».
Le modèle des consortiums blockchain a subi un revers en novembre dernier, lorsque Goldman Sachs a quitté le groupement R3, le plus gros du monde avec 70 partenaires, suggérant des problèmes de gouvernance. Mais le partenariat DTC «a de grosses différences par rapport au consortium R3, souligne Anne-Claire Gorge. Il réunit sept banques géographiquement proches autour d’un projet concret, avec un objectif commercial identifié, des moyens mis en commun très clairs». Chaque partenaire a investi des ressources financières et humaines égales, non communiquées. «Il est très important de travailler avec d’autres banques sur la blockchain, estime Anne Cécile Delas, cela permet de créer un écosystème et donc de proposer au client quelque chose de beaucoup plus puissant. C’est aussi un bon moyen de progresser en mettant en commun nos ressources».
L’objectif est de lancer le produit avant la fin 2017. Les PME pourront l’utiliser uniquement avec les entreprises clientes des banques du partenariat, qui sera élargi dans un 2e temps. «Au moins une banque française avait montré son intérêt mais s’est vu répondre d’attendre la deuxième phase», selon une source proche du dossier.
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