FINTECH - L’enjeu de la mixité
Décevantes fintech ! Publiée le 23 avril dernier, une nouvelle étude (Women in finance study) réalisée par PwC et le Paris Fintech Forum fait encore état du faible niveau de féminisation du secteur. Censées faire souffler un vent nouveau sur l’industrie financière, ces start-up peinent à favoriser la mixité, pourtant propice à une amélioration de leurs performances économiques.
Les causes sont multiples et déjà bien identifiées. La surreprésentation des hommes dans l’écosystème d’investissement en est une. Elle générerait en effet des biais dans les prises de décision de financement au détriment des « startuppeuses ». Une différence de traitement qu’a constatée Noémie Nicod, 23 ans, chief marketing officer (CMO) et cofondatrice de Moneway. « Au premier abord, les projets présentés par une femme sont moins pris au sérieux », dit-elle. Mais tout en reconnaissant avoir « la chance d’être associée à deux hommes », la jeune femme issue de la Burgundy School of Business ne se laisse jamais démonter. « Il faut arrêter de se poser en victime, avoir un peu de culot et foncer. Si les investisseurs ne veulent pas m’écouter, ce n’est pas grave. Je me dis qu’ils reviendront me voir plus tard. »
Les fintech ont aussi et surtout beaucoup de mal à recruter des femmes. Parce qu’elles « s’approvisionnent » en grande partie auprès des filières de formation IT, largement investies par la gent masculine. Et parce que « la finance, structurée par des hommes, est l’un des secteurs les plus controversés, les moins compris et les plus excluants », enfonce Eva Sadoun, 30 ans, présidente et cofondatrice de Lita, plate-forme d’investissement responsable.
Même pour les dirigeants les plus soucieux de mixité, la féminisation des équipes est une équation complexe. D’autant qu’il n’est pas question de faire de la discrimination positive sur des profils que tout le monde s’arrache. « L’effectif est constitué à 75 % de développeurs. Nous voulons de la diversité mais pas à n’importe quel prix », confirme la directrice marketing de Moneway, où les candidats se frottent à un processus de recrutement assez ardu (entretien en visio, challenge de quatre jours pour analyser les hard skills, puis entretien physique). Si les postes de content manager et social media manager indispensables à cette néobanque communautaire ont rapidement été pourvus par des femmes, l’entreprise n’en compte aujourd’hui que 4 sur 20 (dont Noémie Nicod au comité de direction), le réseau Epitech des autres fondateurs ayant drainé l’essentiel des candidatures.
Même problématique chez Yomoni : « La sous-représentation des femmes dans la fintech est directement liée à leur sous-représentation dans les filières qui nous intéressent, reconnaît Charlotte Thameur, 36 ans, directrice conseil du spécialiste de l’épargne en ligne. Elles sont plus nombreuses chez nous depuis que nous développons l’équipe commerciale. » En phase de stabilisation, la jeune pousse compte un quart de femmes parmi ses 25 collaborateurs, dont 2 au comité de direction.
Equilibre des temps de vie
Comment faire mieux ? Le projet de l’entreprise est déterminant. « Notre modèle attire plus de femmes que la finance classique, soutient Eva Sadoun. Lita connecte les investisseurs avec les entreprises de l’économie réelle. Nous ne menons pas d’actions particulières en termes de recrutement, mais nous sommes quasiment à la parité au niveau de nos effectifs, et nous avons 50 % de femmes au comex et 30 % au conseil d’administration. »
Charlotte Thameur a longtemps travaillé dans le conseil en investissement financier. Elle a découvert Yomoni par hasard, après une pause à l’étranger. « J’étais fatiguée de l’environnement masculin dans lequel j’avais évolué précédemment et j’ai été attirée par le côté un peu révolutionnaire du produit, le respect du client final et la structure à taille humaine », explique la directrice conseil, qui a spontanément fait acte de candidature et transformé l’essai. Mieux : « Ma fille avait huit mois lorsque je suis entrée au comité de direction. Le climat de travail est bienveillant, aucunement sexiste – ce qui avait d’ailleurs fait partie de mon rapport d’étonnement – , les horaires flexibles et compatibles avec ma vie de famille. »
Moneway aussi a bien compris que l’équilibre des temps de vie et la prise en compte de la parentalité, profitables aussi bien aux femmes qu’aux hommes, sont des facteurs d’inclusion. Au sein de la néobanque, les objectifs de travail fixés sur deux semaines (les « sprints ») intègrent 50 % de télétravail et laissent toute latitude aux collaborateurs pour s’organiser selon leurs besoins.
Mais Noémie Nicod pointe aussi, chez les candidat(e)s potentiel(le)s, une crainte liée à leur méconnaissance de l’univers fintech. « Nous les rassurons en leur disant qu’ils ont appris à apprendre et nous leur proposons, tous les quinze jours, deux heures de formation sur les sujets qu’ils souhaitent. »
Invyo, qui s’est doté d’un conseil consultatif stratégique exclusivement féminin, s’emploie à élargir ses canaux de recrutement (lire ‘La parole à’). Mais pour Alexandre Velut, fondateur et CEO de cette start-up spécialisée dans les outils de business intelligence pour les services financiers – et fervent partisan de la diversité sous toutes ses formes –, « les rôles modèles féminins sont encore trop peu nombreux pour permettre aux femmes de se projeter ». Si l’étude PwC met en lumière le rôle essentiel des hommes dans la féminisation du secteur, la solution viendra aussi des nouvelles générations : « L’inégalité ? J’en parle avec mes collègues qui ont entre 25 et 32 ans. Mais entre nous, nous ne la percevons pas », affirme Noémie Nicod. Dans quelques années, peut-être, la discrimination sera-t-elle un concept antédiluvien...
Pour aller plus loin, l’étude de PwC sur les femmes dans la finance dans la version digitale de L’Agefi Hebdo
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