Casino veut bousculer le paiement en ligne avec Natixis
Un nouveau venu veut se faire une place sur le marché, encore tâtonnant en France, des portefeuilles électroniques. Face aux solutions bancaires comme Paylib, des géants du mobile et d’internet Apple, Samsung et Google, des réseaux sociaux tel que We Chat et du mastodonte de la distribution Amazon, cette solution franco-française alliera la force de frappe commerciale de Casino à l’expertise de Natixis.
Le groupe de distribution et la banque ont annoncé hier avoir signé un accord pour créer un nouveau «wallet». Cette solution, qui permettra de payer des achats en un clic, sera d’abord déployée début 2019 sur le site de commerce en ligne Cdiscount. Cette filiale de Casino est le numéro deux français du e-commerce en audience, avec 18,9 millions de visiteurs uniques par mois derrière Amazon selon Médiamétrie, et en chiffre d’affaires avec 3,4 milliards d’euros en 2017 derrière Oui.sncf, d’après E-commerce Mag.
L’initiative de Casino suit de peu sa récente entrée au capital de Lyf Pay, un wallet destiné aux transactions en magasin. «Alors qu’on peut multiplier les moyens de paiement dans le commerce physique, il faut faire des choix dans le e-commerce pour ne pas alourdir la page de paiements», explique Cyril Bourgois, directeur de la stratégie et de la transformation digitale de Casino. Au côté de la carte bancaire, de Paypal, d’Apple Pay et de Paylib, déjà proposés sur Cdiscount, «nous voulons bâtir notre propre solution pour avoir au maximum la main, pour une expérience client sans couture», poursuit-il.
Services additionnels
Dans les services financiers, le groupe Casino s’est en effet allié à la seule banque française qui ne fait pas partie de Paylib, à savoir le Crédit Mutuel, co-actionnaire de Banque Casino. Cette dernière va apporter sa contribution, dans le paiement fractionné par exemple, à la nouvelle offre développée avec Natixis. «Ce portefeuille électronique proposera des services additionnels tels que le paiement en plusieurs fois, à plusieurs via des cagnottes, du cash-back et la possibilité d’alimenter son ‘wallet’ en magasin, à la caisse d’un supermarché Casino par exemple», énumère Cyril Bourgois.
Natixis, qui nourrit de fortes ambitions pour sa nouvelle ligne d’activité dédiée aux paiements, a été choisi en septembre dernier à l’issue d’un appel d’offres. «Nous apportons à Casino à la fois la robustesse des actifs de processing de Natixis et l’agilité de nos fintech», déclare Pierre-Antoine Vacheron, membre du comité de direction de Natixis en charge des paiements. Le futur «wallet», dont la marque n’est pas encore dévoilée, s’appuiera sur deux start-up filiales de Natixis : l’établissement de monnaie électronique (EME) S-Money, qui apportera sa plate-forme technique de porte-monnaie électronique, et Dalenys (ex-Rentabiliweb), un spécialiste de l’acceptation et de l’optimisation des ventes en ligne.
Cdiscount en attente d’agrément
«S-Money sera notre EME puis restera notre partenaire technique, une fois que Cnova, la holding de Cdiscount, aura obtenu son agrément d’EME», explique Cyril Bourgois. Casino sera donc propriétaire du «wallet», mais des participations croisées avec Natixis sont envisageables, indique une source, en fonction du succès de la solution de paiement. Elle pourrait être intégrée à l’avenir dans les autres sites marchands de Casino et ses filiales (Franprix, Monoprix…), et proposée aux clients de Natixis. Dalenys travaille par exemple pour Made.com, Lastminute.com, Carré Blanc et Burger King.
Reste une inconnue majeure : le rythme d’adoption des consommateurs, qui peut être très lent comme l’atteste le démarrage laborieux du paiement mobile ou sans contact. Les deux partenaires espèrent être aidés par le contexte réglementaire. La directive européenne DSP2 va en effet rendre plus laborieux le règlement en ligne par carte bancaire, pour des raisons de sécurité.
Pour Natixis, ce nouveau partenariat s’ajoute à de futures offres BtoB qui permettront diversifier l’activité de S-Money. «Nous misons sur les ‘wallets’ à destination des commerçants, pour leur permettre d’encaisser des paiements pour compte de tiers, explique Pierre-Antoine Vacheron. Nous travaillons par exemple avec une enseigne de bricolage: elle pourra régler les artisans qui installent du matériel acheté par des clients particuliers qui, eux, auront effectué un seul paiement en magasin.» La banque a annoncé le mois dernier un contrat similaire avec la SNCF pour les réservations auprès de tiers (taxis, parkings, vélos…) via son futur «assistant personnel de mobilité».
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